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mardi 27 octobre 2020

Grant Trail du Lac, suite et fin.

 

Alors, j’en étais où ? Ah oui, la dernière partie de l’histoire.

Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants…

Je sais, je radote, l’histoire de l’histoire qui n’est pas la bonne, je vous l’ai déjà faite.

Alors voilà, j’ai perdu mes précieuses minutes, terminé la première grosse descente, rattrapé quelques concurrents, je suis à fond, et je me demande comment tout cela va se terminer. J’ai une foulée magnifique, je vole plus que je ne cours, et lorsque je jette un coup d’œil à ma montre et qu’elle indique que je fais laborieusement du seize à l’heure alors que j’ai l’impression d’être à vingt-deux, je comprends que le calvaire bonheur ne fait que commencer.

J’arrive au deuxième ravitaillement, mes deux acolytes se demandent si j’ai fait un plongeon dans le lac pour avoir perdu autant de places. Quand je repars, je les entends soupirer que la fin de course risque d’être longue (surtout pour eux).

Vraiment très longue, lorsqu’ils me voient arriver au ravito suivant en marchant, mon genou grince, les jambes sont dures. Oui, je galère, et j’entends dire que derrière, beaucoup de favoris ont déjà abandonné. J’en suis à cinquante kilomètres de course, avec un lancinant rappel de l’Echappée Belle. Vingt-cinq bornes, c’est ce qu’il me restait il y a moins de deux mois lorsque j’ai posé le dossard. L’idée est tentante.

Je croise des familles qui ramassent les châtaignes et cueillent les champignons, je les envie, mais d’un autre côté, personne ne m’a obligé à être ici. Alors je continue, je n’ai pas le choix, sinon, ça va être ma fête à la maison en rentrant ce soir. Deux abandons en deux mois alors que je n’avais pas abandonné la moindre course en dix ans, ça allait faire tâche… à quoi ? Mon minuscule palmarès ? Mon orgueil ?

Je ne cessais de repenser aux huit dernières minutes avant de m’inscrire sur la course. Aux huit minutes perdues lors de mon plantage. Je venais de me faire doubler par deux concurrents, et devinez en quelle position j’étais à ce moment ?

Bah non, neuvième.

J’ai retrouvé mes deux ravitailleurs au kilomètre 59, il me restait 900 mètres de dénivelé et 16 bornes. La montée ne me faisait pas vraiment peur, j’appréhendais plutôt la descente de 1300 mètres de dénivelé, d’autant plus qu’à ce moment, je courais davantage dans les montées que dans les descentes. Et là, allez savoir pourquoi, le corps s’est débloqué. J’ai pris trois coups de fouet. Je vous arrête tout de suite, ne m’imaginez pas avec une boule dans la bouche, une chaîne autour du cou et en combinaison en cuir moulante et train de me faire flageller par Isa, vous n’êtes pas sur le bon site. S’il y a un aliment Cr’oc and go indispensable, autant pour les papilles que pour le regain de forme, c’est bien le coup de fouet. L’idée, peut-être, de ne plus avoir de plat. Il y a eu une montée d’adrénaline, occultant la longueur, la douleur, la langueur. J’aimerais vous raconter que j’ai doublé tous mes concurrents, que j'étais aérien, que c’était beau à voir, mais rien n’a changé ou à peine, j’ai juste gagné quelques kilomètres heure, j’ai pu courir durant toute la descente, et pour moi, c’était déjà un sacré succès. J’ai fini par voir la banderole d’arrivée, la famille était là, et lorsqu’ils se sont mis à courir (plus vite que moi) pour m’accompagner jusqu’aux derniers mètres, je me suis dit que la prochaine fois, j’irai faire une sortie piscine, j’aurai au moins une chance de les semer. Encore que…

Quand j’ai vu ma place, j’ai eu un sourire. J’ai repensé aux huit minutes de l’inscription, aux huit minutes perdues sur la course. Parce que bien sûr, vous vous doutez de ma place.

Septième, bien entendu !






vendredi 23 octobre 2020

Trail du Grand Lac (2ème partie)

Cinq heures, réveil en sursaut, la montre n’a pas sonné. C’est le coup de fusil du départ qui m’avait sorti de mes songes.

Cinq heures, j’étais sur la ligne, mais je n’avais plus de dossard.

Sept heures, j’étais perdu en pleine nuit dans les Belledonne, ne comprenant pas ce que je foutais là, vu que j’étais censé courir autour du Bourget.

Quatre heures cinquante-cinq, je cours partout pieds nus, mes baskets, quel est l’imbécile qui m’a piqué mes baskets ?

Une heure trente, je me réveille une nouvelle fois, me rendors, la tête pleine de ces rêves à deux balles, de tous ces rêves de course loupée, de départ manqué, de réveil qui m’oublie. J’essaie d’occulter le ronronnement de la VMC, je me dis que la prochaine fois, je prévoirai un matelas plus confortable dans mon hôtel luxueux, et puis enfin, le vrai réveil sonne, j’allume ma Stoots fraîchement reçue, 1000 lumens au compteur, je fais le plein de Cr’oc and go, salés, sucrés, plaisir et loisir, de boisson énergétique Fenioux, j’enfile mes Scott, je repense à tous ces films américains qui placent grossièrement leurs pubs dans la moindre scène, et je suis prêt pour le top départ. Ça tombe bien, celui-là arrive à cinq heures pétantes, et toute la ribambelle de coureurs commence à s’étirer le long du lac.

Un petit groupe d’une dizaine de coureurs prend les devants, je referme la marche, me sermonnant régulièrement reste calme, reste calme. Nous avalons le bitume, des portions à dix-huit kilomètre à l’heure, une moyenne à dix-sept, pendant huit kilomètres, et au bout de dix, nous attaquons enfin les choses sérieuses. Le premier s’échappe déjà, Reste calme, reste calme, un leitmotiv que je me répète en boucle. Les lampes s’agitent dans la nuit noire, donnant quelques indices sur les concurrents, j’arrive au premier ravito en 5ème position. Yoann et Élodie, deux amis venus me ravitailler sur l'épreuve, me changent mes gourdes, me lance un cr'oc and go que je gobe au passage et je repars tout aussi rapidement du stand en 4eme position sans avoir besoin de changer mes pneumatiques. 

Copyright Bruno Lavit
 

Je reviens en quelques enjambées sur le 3ème, accompagné par un autre coureur qui fait la course en relais. Reste calme… Descente, petit plantage, relance, je rétrograde, virage à droite, chicane, j'accélère, autre petit plantage mais rien de grave, ce genre de chose arrive à priori souvent dans les courses de nuit. Montée, je me dis que les jambes ne sont finalement pas en si mauvaise forme, ça tombe bien, il reste 50 bornes au compteur, j’ai fait le tiers.

Bien calé derrière mon concurrent, je ne le lâche pas d’une semelle. Même lorsqu’il se plante de parcours, que nous nous engouffrons dans un chemin qui part à droite alors qu’il fallait prendre à gauche, je reste derrière, le nez dans ses baskets, trop concentré à regarder où je mets les talons pour éviter toute chute inopinée. Les marques sur les arbres nous confortent dans notre prise de décision, jusqu’au moment où le chemin devient difficilement praticable et qu’une gros tronc nous barre la route. C’est là que nous comprenons notre erreur.

Reste calme…

Rapide discussion « T’as vu des fanions ? ».

En fait, aucun de nous trois n’en a vu depuis plusieurs minutes. Pourtant, les arbres ont tous des marques réfléchissantes.

Reste calme…

Tout s’emballe. Aucun doute, nous nous sommes plantés de chemin. 

Demi tour, je craque, je dégoupille, je fonce tête baissée et lorsque je retrouve mon chemin, ma montre affiche près de huit minutes de perdues. Je peste, je jure, je fais une descente à bloc, je double un coureur, je lui demande s’il connaît sa place, il me répond qu’il est à peu près 15ème. Je continue à lâcher les chevaux sans réussir à me raisonner, persuadé que la course est perdue, adieu le podium.

mardi 20 octobre 2020

Le Grand Trail du Lac (du Bourget), une course de dernière minute (1ere partie)

Dimanche dernier, j’étais en course. Oui, je sais, ce n’était pas vraiment prévu. Normalement, ça aurait dû être un week-end tranquille, à remplir le coffre de la voiture le samedi matin pour partir en vacances dans l’après-midi. Rouler paisiblement en direction du Sud en se disant que ces quelques jours de repos seraient bien mérités. Mais voilà, il y a eu un élément fortuit. 
Revenons quelques jours (ou semaines en arrière). Après l’annulation des Templiers, j’avais donc obtenu un dossard à l’Ultra de Haute Provence, m’inscrivant également, à la dernière minute, à l’Ultra Montée du Salève dans le but de peaufiner ma préparation. Après le Salève, j’ai enchaîné par trois grosses journées d’entraînement, histoire de vider la machine avant d’en recharger les batteries, et effectivement, le mardi soir, j’ai senti qu’il fallait couper. Deux jours sans baskets, une bonne fondue le jeudi soir avec des amis et quelques verres de vin (pour le côté anti-oxydant), il me restait encore 8 jours avant d’en découdre avec les 150 bornes à l’affiche, 8 jours pendant lesquels je n’allais plus beaucoup faire d’heures, parce que dans le trail, s’il y a un truc important à savoir, c’est de miser sur la récupération les deux semaines précédant une grosse échéance. J’avais un poil entamé le capital repos en arrêtant le volume à 10 jours du départ, mais ça ne m’effrayait pas, le timing était correct. Vendredi matin, séance gainage (essentiel pour tout sportif), l’aprèm, j’avais trouvé une jolie côte pour faire des intensités (même en période repos, il est important de garder du rythme, pour moi l’occasion également de faire passer la fondue et le vin), retour à 18h30 à la maison, et c’est précisément à cet instant que tout s’est emballé. Je reçois un message, le Trail de Haute Provence est annulé. La faute à qui on sait, une petite bestiole sournoise qui fait des siennes depuis plusieurs mois. J’ai sauté sur l’ordinateur, cherché une course de repli, il y en avait une le dimanche à 5 heures du matin au Bourget du Lac. Dimanche, ça voulait dire… dans à peine deux jours. J’ai envoyé un mail à l’organisation à 18h52, on me répondait dans la foulée que j’avais de la chance, à 19h, ils fermaient boutique et exceptionnellement, on m’octroyait un dossard sur la course. Tout s’est joué en 8mn. J’ai eu une pensée pour la soirée de la veille, le fractionné à peine terminé, les heures enchaînées jusqu’en début de semaine, pas de doute, niveau prépa, je ne pouvais pas rêver mieux. Samedi, ça a été la course avant la course, d’une pour préparer les vacances, et de deux pour préparer la course. J’ai réussi à trouver deux âmes généreuses pour m’accompagner et me ravitailler (un grand merci au passage à tous les autres qui se sont proposés), et à 20h, j’étais au Bourget, j’avais récupéré mon dossard, planté ma tente, le réveil était réglé pour 3h30 (adieu la grasse mat), et je me suis dit que s’il y avait un seul avantage à tout ça, c’était peut-être de ne pas avoir eu à stresser plusieurs jours avant l’épreuve. La nuit est tombée tôt, après quelques pages de lecture, du papier toilette dans les oreilles (à défaut de boules quies) pour atténuer le son de la VMC du bâtiment contre lequel j'avais posé ma toile de tente, j'ai éteint les feux, me demandant dans quelle (nouvelle) aventure je m'étais embarqué. 
 

 

dimanche 11 octobre 2020

Mes essais alimentaires dans le trail: l'Ultra Montée du Salève

Hier, en préparation de mon prochain Ultra dans la Provence, j'ai pris le départ de l'Ultra Montée du Salève. Le principe est sympa: des montées sèches de 3km et 675mètres de dénivelé, avec descente en téléphérique. L'idée est de faire le plus de montée possible sur 6 heures de course, tout en essayant de caler ses descentes en fonction des horaires du téléphérique. Ne pouvant pas laisser de sac ni au départ ni au sommet et voulant voyager léger, à l'instar de la plupart des coureurs, j'ai choisi de prendre comme ravitaillements ceux fournis par l'organisation.

Encore relativement néophyte dans le trail, curieux de tester différentes choses avec une démarche empirique dans mes essais, j'ai également voulu expérimenter le ravitaillement d'une boisson dont certains vantent les mérites lors d'épreuves sportives, une boisson à bulles commençant par Coca et finissant par Cola, dont je tairai bien évidemment la marque pour ne pas faire quelconque publicité (bonne ou mauvaise).

Mon projet de course était de ne pas me mettre dans le rouge pour effectuer des montées homogènes et essayer d'approcher le record d'épreuve, même si la pluie et le terrain glissant limitaient le chrono. Peu après le départ, je prends la tête de course pour ne plus la lâcher jusqu'au sommet. Je prends rapidement un verre de cette fameuse boissons gazeuse sucrée (20cl) ainsi que trois tranches de cake. Descente en téléphérique, et deuxième montée dans la foulée. Bien en jambes, je me retrouve rapidement seul en tête de course. Je prends une bouteille de 50cl que j'avale pendant la descente avec à nouveau trois tranches de cake, réussissant à prendre in extremis le téléphérique alors que mes concurrents restaient à quai. 

Troisième montée à peu près dans les temps des deux précédentes, je prends au somment une nouvelle bouteille de 50cl, celle avec du sucre, hein, pas l'autre "zéro", un morceau de banane, deux tranches de gâteaux et je repars. Au bout de la quatrième montée, j'ai alors plus de cinq minutes d'avance en terme de "temps de montée" sur mon plus proche concurrent, et je réussis à sauter dans une benne avant qu'elle ne reparte. Je prends cette fois-ci une demi bouteille, quelques tranches de pain et une tranche de gâteau. J'ai alors deux bennes d'avance sur le deuxième, une avance très confortable et si les 10 montées  finales me trottent dans la tête, les 9 montées sont une certitudes.

La cinquième montée est un peu délicate, je m'en rends compte sur certaines relances. Nouveau ravitaillement au sommet, 25cl de notre boisson gazeuse sucrée, et puis je repars. Je fais alors 10mn, rattrape une concurrente qui a alors un tour de moins, la double, et puis à ce moment, plus rien. Impossible de faire un pas normalement, tout s'emballe en moi, la concurrente me dépasse, me sème, et moi, je zigzague sur la montée, et les crampes arrivent. Un énorme trou d'air qui durera quasiment jusqu'à la fin de la montée, que j'effectue alors en 42mn alors que mes premières étaient en 29. Pratiquement un tiers de plus. Les jambes tremblantes, croyant être en manque de sucre, je poursuis mon ravitaillement comme lors des montées précédentes, je repars, et le résultat est identique, 10 minutes à peu près bien, puis plus rien. Extrême sudation, froid, symptômes d'une hypoglycémie bien que question sucre, je n'étais pas du tout en carence.

Je termine finalement 5ème sur les temps de montée, prenant une longue pause avant d'entamer ma 8ème montée qui sera également ma dernière et après quelques recherches, voilà pourquoi éviter les sodas et les ravitaillements trop sucrés (gâteaux et autre) lors d'une épreuve longue:

Le soda (en particulier celui tout noir avec des bulles finissant par cola) est d'une part très sucré (11g/100ml) et également très acide. Lors de l'effort, l'organisme a un réel besoin d'apport de glucides à Index Glycémique élevé, mais si la consommation de sucres est trop élevée, le corps va sécréter de l'insuline pour faire redescendre la glycémie, sauf que celle-ci va redescendre sous le seuil limite et la réaction sera celle d'une hypoglycémie. Deuxième points négatif: l'acidité qui, ajoutée à un corps qui sera déjà en lutte avec l'acide lactique, pourra vous laisser d'autres séquelles (crampes?). 

Enfin voilà, j'ai testé pour vous et sincèrement, un verre ou deux de temps en temps, ça peut passer, mais si vous avez une bouteille d'eau minérale naturelle gazeuse à côté ou mieux encore, de la boisson isotonique, un conseil, foncez dessus et gardez éventuellement un verre de soda pour la fin de course.

Et comme quoi, rien ne vaut un petit Cr'oc&go et une bonne rasade de boisson Hydrogel Fenioux.




lundi 28 septembre 2020

Reprise de septembre, annulation des Templiers et deuxième Ultra.

En janvier, j'avais déjà organisé toute ma saison de course à pied. Et puis il y a eu un petit Covid qui est passé par là et qui a pas mal chamboulé les choses. J'ai réorganisé le calendrier, et, folie des grandeurs, décidé de faire mon premier Ultra lors de l'échappée Belle, avec le résultat que vous connaissez. Il y avait ensuite les grands rendez-vous d'automne, avec notamment les Templiers, annulé à la dernière minute l'an passé, la faute à un épisode Cévenol. J'avais hésité à courir la Transju'trail pour tenter un doublé, mais préférant garder mes forces, j'ai préféré renoncer. Mais voilà, mardi dernier, l'annonce est tombée, le grand trail des Templiers est annulé. Et moi, j'ai craqué une deuxième fois, cherchant une course de repli, je me suis inscrit sur un autre Ultra. Le trail de Haute Provence, 150km, 7000 mètres de dénivelé, de la rigolade, quoi! Mais pour ça, il va falloir que mon corps ne fasse plus des siennes. Peu après l'échappée Belle, j'ai repris l'entraînement très rapidement. Trop, peut-être. J'ai eu l'effet Boomerang. Deux semaines après, suite à une séance longue, je ne mettais plus un pied devant l'autre. Fatigue générale et grosse douleur au genou, comme quoi, les miracles n'existent pas, il y a bien un moment donné où il faut payer les efforts consentis. Côté fatigue, ça s'améliore, mais niveau douleur, c'est un peu yoyo. Il paraît que c'est l'âge. La quarantaine, me disent certains. Pourtant, dans ma tête, j'ai toujours vingt ans. Il va falloir réussir à accorder la tête et le corps, le mieux serait que le corps suive la tête!!!

Du coup ces derniers temps, c'était ski roue, ski roue et ski roue. Et pour ma reprise avec baskets, j'ai eu la bonne idée de remettre un dossard, à l'occasion des Championnats de France de course de montagne, dans le Dévoluy. Il y avait un drôle de truc qui tombait du ciel, un machin blanc et froid qu'on voit d'ordinaire en plein hiver. Le genre de truc qui, dix ans auparavant, m'aurait rendu fou de joie: je me serais précipité chercher une paire de ski pour aller faire ma trace dans un champ. Isa m'a dit que le doute n'était plus possible, je vieillissais. Elle a toujours des mots pour me réconforter. Enfin bon, j'ai laissé les skis et je me suis retrouvé dans le Dévoluy avec le club de course à pied.  

Petite marche en reconnaissance (pour voir si la neige est de la vraie neige)


Format court: 12km, avec montées, descentes, plat, neige, boue, la totale. Pas une grande partie de plaisir pour une reprise. Diesel tout au long de la course, je termine 28ème. Mais le pire, c'est ce matin. Ayant très peu couru en montagne ce dernier mois, j'ai à peu près perdu tout le travail acquis durant des mois, et les quadriceps sont courbaturés comme le lendemain d'une première sortie de printemps. Paraît que c'est le sport. Trois semaines pour perdre ce que tu as mis quatre mois à prendre. Pas vraiment gratifiant, je vous l'accorde. Mais quand on aime...

dimanche 13 septembre 2020

Cr'oc and go, 2ème vidéo

Après celle tournée cet hiver, voici la deuxième vidéo tournée avec mon partenaire Cr'oc and go. Un bon moment de rigolade avec la famille Revillard

 https://youtu.be/pNMl5Ziin04

mardi 1 septembre 2020

Echappée belle (3ème partie)

Et puis la nuit est arrivée. Rapidement. Une nuit sombre, avec un croissant de lune à peine visible. Une nuit sans étoile, emportant avec elle les derniers chants du jour. Je l'avais espéré depuis longtemps, car avec elle, le thermomètre chutait enfin. J'avais passé la journée à chercher des points d'eau pour boire, pour me tremper la tête, pour faire descendre la température de mon corps en surchauffe, perdant parfois de nombreuses minutes. J'espérais que l'obscurité me transforme en SuperBen, déployant ses ailes pour voler jusqu'à l'arrivée. Probablement m'étais trop gavé de bouquins de super-héros dans mon enfance. Je croyais en une nuit facile à gérer, il n'en fut rien. D'abord parce que les premières ampoules sillonnèrent mes voûtes plantaires, rendant les descentes pénibles. J'ai essayé de changer ma façon de courir, avec un appui talon, mais là aussi, les ampoules apparurent rapidement. Je croisai Luc juste avant la montée à Super Collet, qui entamait lui-aussi une nuit blanche à venir à ma rencontre sur différents points du parcours pour m'encourager. Physiquement, je me sentais bien, la deuxième place était à trois minutes devant, mais mes pieds me faisaient souffrir. Arrivé à SuperCollet, je retrouvai Cédric, toujours fidèle au poste, que je ne remercierai jamais assez pour tous ses efforts. Nous avons essayé de mettre des Compeed sur les pieds endoloris, mais avec l'humidité, difficile de les faire tenir. C'est à ce moment que j'ai vraiment bâclé mon premier ravitaillement. Voulant repartir avec l'un de mes concurrents pour éviter d'être seul sur le parcours, j'ai mangé à la va-vite et je suis reparti à la hâte. La montre affichait 100km, il m'en restait encore 50 à parcourir. Arrivé au Col de Claran, j'ai pris mon deuxième coup de moins bien de la journée. A l'entame de la descente. Les cuisses étaient dures comme du bois, je peinais à courir. J'avais l'estomac noué, mais je me suis forcé à avaler de la nourriture. Les sensations sont revenues au refuge des Férices, après un arrêt sirop de menthe, proposé par les bénévoles. Mais sans le savoir, j'avais dépassé une sorte de point de "non retour". Trop accaparé par l'idée du podium, voyant les frontales à peine plus loin, j'ai fait une montée (trop) rapide, oubliant toujours de manger. Il me manquait la lucidité pour me raisonner. Je suis arrivé à Val Pelouse au galop. Kilomètre 118, il m'en restait trente à courir, j'étais persuadé que j'arriverais sans problème au bout, j'étais encore 4ème et les écarts se resserraient en tête de course. Avec Cédric, on a essayé de soigner les ampoules. J'ai fait une pause toilettes. Un concurrent est alors arrivé, et comme au précédent ravitaillement, voulant repartir trop vite pour ne pas être seul, je n'ai pas pris le temps de manger.

Coureur dans le dur
Crédit photo: Pascal Rudel


5mn plus tard, je n'avais plus rien dans le moteur. J'ai vu les frontales s'éloigner, je suis monté comme j'ai pu, mais le pire était à venir. Impossible de courir dans les descentes, tant les quadriceps étaient tétanisés. La montée au Col de la Perche m'a paru interminable, le brouillard était en train de se lever, je n'avais aucune idée de l'endroit où j'allais, je n'espérais qu'une chose, en terminer avec cette galère. J'ai entendu un "pop", ce n'était pas le champagne qu'on sabrait pour fêter une arrivée victorieuse, seulement mon cerveau qui disjonctait. Je me suis arrêté à une minute du col, j'avais besoin de me reposer et je me suis dit que je serais mieux ici, à l'abri du vent plutôt qu'en haut. Il fallait que je ferme quelques instants les yeux, tremblant de froid et de fatigue, je me suis changé, j'ai enfilé une polaire et un coupe vent, j'ai essayé de sortir ma couverture de survie. Elle avait pris l'humidité lors de la SaintéLyon et je n'arrivais pas à la déplier. Elle s'est déchirée, je l'ai mise sur moi, mais j'étais frigorifié. Je suis resté là une trentaine de minutes, jusqu'à ce je me raisonne et me décide à repartir pour ne pas finir congelé. Matis (un fondeur bien sympa), passait à ce moment là et m'a aidé à faire les quelques mètres restant. Ma course se terminait ici, au col de la Perche, dans la tente de l'un des bénévoles, à moitié en hypothermie. Je savais que je n'allais pas repartir. J'en étais à 23 heures de course et 125km.

J'ai passé une heure à essayer de me réchauffer, attendre que la pluie passe (eh oui, il a même plu!), que le brouillard s'éloigne, que le vent disparaisse et que, surtout, le jour se lève. Un bénévole (merci beaucoup à lui) m'a accompagné jusqu'au parking au col du Champet. Je lui ai laissé mon dossard, il ne me restait plus que 20km, j'avais effectué 10850 mètres de dénivelé sur les 11400 totaux, une misère me direz-vous, mais je ne voulais pas finir pour finir, me blesser (j'ai mis deux mois à pouvoir recourir après la SaintéLyon), et surtout, ne plus prendre du plaisir. Car pour moi, même si on pousse parfois le corps à des extrêmes, le sport doit rester avant tout du plaisir.

Alors bien sûr, sur le moment, je me suis dit plus jamais. Comme une certaine course en fin d'automne. Mais je sais désormais qu'il ne faut jamais dire plus jamais. Et surtout, jamais dire jamais plus jamais. Mais aussi jamais, ô grand jamais, jamais dire jamais dire jamais plus jamais.

Enfin bref, y'a de grandes chances que j'y revienne!!!