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mercredi 14 avril 2021

Bilan de fin d'hiver

Petit cours d'histoire.
Mes premiers skis de fond étaient avec des écailles, les chaussures avaient un débord en caoutchouc à l'avant, il fallait alors coincer ce surplus dans la fixation, pourvue d'un système de pince métallique. Le pied, mal maintenu, partait la plupart du temps de côté dès le premier virage, les chaussures étaient trempées au bout de cinq minutes, il faisait régulièrement -20 degrés, je skiais sans gant et sans bonnet. C'était dans la fin des années 80, un autre siècle, et à cette époque lointaine, je mettais mes premiers dossards.

J'aimerais pouvoir faire un bilan hivernal de cette saison 2020/2021, mais pour la première fois depuis cette époque immémoriale, je n'ai pas mis de dossard officiel cet hiver. Il a fallu trouver d'autres idées pour garder la motivation, s'inventer des challenges.
Mon premier gros challenge aura été celui des montées à pied au plateau, un peu plus de 17km pour 800 mètres de dénivelés, skis dans le dos ou à la main, suivies de quelques tours de piste.



D'autres challenges sont venus, comme l'Ultra tour des Aravis (je suis à la bourre pour le compte rendu et la vidéo, mais promis, ça va venir), ainsi qu'une tentative de record du 100km à ski (5 jours après mon Ultra tour, une récup un peu légère pour ce record).

Au final, pas mal de kilomètres à pied, en préparation de la saison estivale que j'espère plus prolifique. 

Je suis pour l'instant inscrit à la Maxi Race (course prévue fin mai, elle n'est pas encore annulée...), normalement je serai présent sur le 90km du Mont-Blanc fin juin, puis sur la CCC fin août. Ensuite, ce sera le Festival des Templiers, puis la SaintéLyon.
Avec, entre temps, quelques épreuves locales de courte distance (kilomètres verticaux et autres montées sèches) pour garder un peu de vitesse et se faire plaisir.

mardi 6 avril 2021

Réponse de M. Benoît Chauvet à la Fédération Française de Ski

 Réponse de Benoît Chauvet à la Fédération Française de ski


J'avoue que je suis surpris.

Dois-je réellement prendre le temps de répondre à ces propos, arrangés presque jusqu'au mensonge, répondre à ces arguments qui ne satisfont personne ? Dois-je vous citer des noms, dois-je faire une liste des coureurs ayant bénéficié de passe-droits cet hiver, ainsi que de tous ces coureurs, non membres des équipes de France ni sportifs de haut-niveau, ni même professionnels, qui ont pu courir à l'étranger sans que vous ne soyez intervenus ? Y tenez-vous vraiment ?

Si je suis surpris, ce pourrait être également de voir que certaines fédérations (FFME par exemple) sont parvenues à organiser nombre d'épreuves sur le sol français malgré la situation sanitaire, des épreuves aux critères de participation bien plus ouverts que les vôtres. J'ai pu y voir des athlètes amateurs courir, sans distinction d'âge ni d'appartenance à un quelconque statut.

Mais probablement, me direz-vous, que la FFME n'a pas été respectueuse des recommandations sanitaires. Et peut-être, vous répondrai-je, a-t-elle eu un certain courage et la volonté de défendre son sport et ses athlètes, tous ses athlètes, surtout par ces temps difficiles où la possibilité de pratique s'est réduite à peau de chagrin, mais ce serait, j'imagine, faire preuve d'un manque de respect envers votre grand engagement sportif.

Je ne vais pas rentrer dans les détails concernant le statut de sportif professionnel dans le monde du ski de fond, et pourtant depuis 10 ans je vole de mes propres ailes, soutenu par des partenaires qui ont eu confiance en moi, avec la volonté de respect, de courage et d'abnégation.

Il y a bien des choses dont je pourrais dénoncer les incohérences, mais il est temps de regarder en avant, de ne pas s'enfermer dans une guerre de crispation et de jugement. L'image de notre beau sport n'en brillerait sûrement pas davantage.

Vous savez qu'au fond ma démarche est légitime et que quoi qu'il m'en coûte, je n'abandonnerai pas, bien que cette action me demande beaucoup de temps et d'énergie. Je n'ai rien à prouver, j'ai beaucoup plus à perdre qu'à gagner. Comme  je l'ai précisé lors de mon article Le sport et la libertémême s'il me reste encore quelques années de compétition, la plus grosse partie de ma carrière est derrière moi. J'agis pour défendre un idéal, celui d'un sport juste, équitable et respectueux.

Je vous demande de m'entendre, car je porte les maux de nombreux licenciés de la FFS. Je vous ai proposé la mise en place d'une charte à laquelle vous n'avez pas souhaité répondre, je vous ai proposé une rencontre (envoi par mail le 27 mars), mais ma demande est restée également sans réponse.

Ce combat ne doit pas être celui de l'amour-propre, avançons avec courage et détermination, pour porter encore plus haut les valeurs d'une charte commune. 

Alors je vais attendre. Attendre avec impatience votre retour. Attendre avec impatience de savoir si nous allons avancer ensemble.

Dans l'attente de votre retour et de pouvoir informer nos nombreux lecteurs sur nos échanges,


Sportivement


Benoît Chauvet






samedi 3 avril 2021

Réponse de la Fédération Française de ski

Suite à ma lettre ouverte et à mes derniers coups de gueule (Rétablissons le ski pour tous et Le sport et la liberté), voici la réponse qui m'a été faite.
Amis lecteurs, je vous laisserai le soin de lire très prochainement ma réponse suite à ce retour.


Réponse de la Fédération Française de Ski à la lettre ouverte de Monsieur Benoît CHAUVET concernant les Championnats de France

La Fédération Française de Ski est une association reconnue d’utilité publique ayant reçu délégation de la part du ministère chargé des sports. A ce titre, elle participe à l’exécution d’une mission de service public sous la tutelle dudit ministère.

Il lui appartient de se conformer aux dispositions légales, à la réglementation, aux instructions et directives du ministère.

Nul n’est censé ignorer la situation sanitaire dans laquelle la France est plongée depuis maintenant plusieurs mois.

Dans ce contexte sanitaire, le Gouvernement français et le ministère des sports ont pris des mesures de restrictions sanitaires à la pratique sportive et à l’organisation des compétitions qui s’imposent aux fédérations comme à leurs pratiquants.

Par décision gouvernementale, la tenue des différentes compétitions fédérales est suspendue jusqu’à nouvel ordre, sauf pour les compétitions professionnelles ou de haut-niveau.

Afin de permettre aux fédérations de continuer à organiser leur filière d’accès au haut niveau, le ministère a par ailleurs autorisé l’organisation de certaines épreuves de sélection à l’entrée en PPF (Parcours de Performance Fédéral).

Cependant, et toujours par décision gouvernementale, toutes ces compétitions ne sont ouvertes qu’à un public prioritaire composé des athlètes de haut niveau, des athlètes inscrits dans le PPF et des jeunes compétiteurs participant à une sélection pour l’entrée dans la filière d’accès au haut niveau (entrée en PPF).

Afin de respecter les règles en vigueur, les Championnats de France ont été organisés en regroupant les athlètes des publics prioritaires.

La Fédération a donc veillé à respecter le caractère de haut niveau des compétitions autorisées en France tout en veillant à l’avenir sportif des jeunes compétiteurs dont le niveau permettait d’envisager une entrée dans le dispositif PPF.

De toute évidence, Monsieur Benoît CHAUVET n’entrant dans aucune de ces catégories (athlètes de haut niveau, athlètes en PPF et potentiels entrants en PPF), la Fédération Française de Ski n’a fait qu’une juste et nécessaire application des mesures gouvernementales qui s’imposent sur l’ensemble du territoire national.

Insinuer que la Fédération fait preuve de discrimination par l’âge notamment est donc tout à fait hors de propos.


Réponse de la Fédération Française de Ski à la lettre ouverte de Monsieur Benoît CHAUVET concernant sa participation aux compétitions à l'étranger

Le Ministère des Sports a demandé aux fédérations sportives de limiter les déplacements à l’étranger aux seuls sportifs professionnels et sportifs de haut niveau des équipes de France A, uniquement lorsque leur déplacement ne pouvait être différé.
Même pour les équipes de France A, cette autorisation de déplacement supposait que l’Agence Nationale du Sport valide le caractère impérieux des compétitions et que le ministère valide la liste nominative des voyageurs sur proposition de la Fédération.

De ce fait, en dehors de la population très restreinte visée ci-dessus, les stages et compétitions à l’étranger se trouvaient impossibles en raison de ces contraintes de déplacement.
Qu’on le veuille ou non, les restrictions sanitaires prises par le Gouvernement français s’imposent aux pratiquants et l’autorisation de concourir donnée par des organisateurs étrangers de compétitions est totalement inopérante.


Réponse de la Fédération Française de Ski à la lettre ouverte de Monsieur Benoît CHAUVET concernant sur l’accès du sport au plus grand nombre

Grâce au travail de tous ceux qui s’investissent pour l’intérêt général, la Fédération Française de Ski est parvenue depuis maintenant plus de 15 ans à générer de nouvelles ressources financières qui ont contribué à une croissance régulière de ses budgets.

La politique de limitation de ses charges fixes au strict nécessaire lui permet de concentrer le maximum de moyens financiers à la pratique sportive.

Ainsi, le budget des Équipes de France de ski et de snowboard est en constante progression depuis plus de 15 ans.

Parallèlement à cela, la Fédération consacre de plus en plus de moyens au développement de la pratique sportive, notamment à travers une politique volontariste tournée vers la pratique loisir (développement des disciplines de glisse au sein des clubs, pluriactivité, sport santé, sport sur ordonnance, développement de la formation fédérale bénévole) et la compétition pour tous. Cette politique est formalisée dans le Projet Sportif Fédéral de la FFS dont la qualité a été soulignée par l’Agence Nationale du Sport.


A tous points de vue, les demandes de conciliation ou encore les menaces de saisine du Tribunal Arbitral du Sport ou d’une juridiction sont donc pour le moins dénuées de sens.


A travers ces quelques lignes, la Fédération Française de Ski ne cherche pas à justifier des décisions qui en tout état de cause s’imposaient à elle.

Cette réponse à Monsieur Benoît CHAUVET a avant tout pour but de porter à la connaissance de ceux qui portent un intérêt à la vie de notre mouvement sportif un certain nombre d’éléments objectifs liés au contexte actuel ignorés ou passés sous silence par Monsieur CHAUVET.
De toute évidence, ignorer ces éléments conduit nécessairement à une analyse totalement biaisée et donnant inévitablement au lecteur une image totalement fausse et déformée de la réalité.



mardi 23 mars 2021

Lettre ouverte à la Fédération Française de Ski

Récemment, j'ai fait une demande pour participer aux Championnats de France de ski de fond qui auront lieu aux Contamines en cette fin de mois. Quelle surprise de voir ma demande rejetée, les prétextes suivants étant énoncés :

Pourront prendre le départ les athlètes senior qui ont participé à des courses internationales, et en fonction des tests nationaux qui ont eu lieu cet hiver.

Je précise que mes demandes de participation aux tests nationaux ont été refusées par la fédération (je ne remplissais pas les critères d'âge) et qu'elle m'a également interdit de courir la course au Brassus (Suisse). Alors oui, impossible pour moi de prendre le départ de ces Championnats de France. Je suis en colère, d'autant plus lorsque je vois que sur certaines épreuves (en ski alpinisme par exemple), des courses ont lieu et qu'elles accueillent des athlètes sans que l'âge soit un critère discriminatoire.

Les crises mettent en exergue les failles d'un système, et force est de constater que la fédération française de ski, du moins en ce qui concerne le ski de fond, a absolument tout cloisonné. Il n'y a plus de remise en question et les sélectionneurs ont trop de pouvoirs. Obnubilés par le haut niveau, ils délaissent la base de la pyramide sportive. Mais sans une base solide, le sommet de la pyramide se réduit à peau de chagrin. Sans confrontation, comment inciter un athlète à se surpasser ? Je tiens à rappeler qu'une fédération est délégataire de service publique, et voici ce que stipule le service public en matière de discrimination : La discrimination vise à défavoriser une personne pour des motifs interdits par la loi. Par exemple l'origine, le sexe, l'âge, l'orientation sexuelle, les convictions politiques, philosophiques ou religieuses. La discrimination fondée sur un de ces motifs est sanctionnée par la loi pénale.

Je m'adresse à ce jour à la Fédération Française de ski, à Monsieur le Président, à Monsieur le Directeur Technique ainsi qu'aux directeurs et entraîneurs. Je souhaite un sport plus juste. Par le biais d'une conciliation, je demande la mise en place d'une charte de fair-play, signée et respectée par nos dirigeants, avec ces points essentiels :

–Chaque sélection doit être organisée et annoncée avec des critères définis en toute transparence. Les sélections doivent être ouvertes à tous les athlètes licenciés au sein de la FFS.

–Les critères d'âge étant discriminatoires, il ne peuvent être invoqués lors d'une sélection.

–Les meilleurs athlètes (au classement chronométrique) présents le jour de la sélection seront ceux nominés lors de l'épreuve concernée.

–Les inscriptions aux courses internationales (hors Coupes du Monde) doivent être autorisées aux athlètes désirant y participer, du moment que l'organisation de course le permet, sans que la fédération n'intervienne de quelconque manière auprès de l'organisateur dans le but de bouleverser son organisation.


Mon seul souhait est de rendre ce sport plus accessible, que notre fédération défende les valeurs de liberté et d'égalité indispensables à la pratique du sport, ces valeurs que nous devrions tous défendre sans retenue.

Cependant, si aucune conciliation n'est possible, je m'engage à saisir le Tribunal Arbitral du Sport ou à effectuer un recours auprès des juridictions compétentes.




lundi 1 mars 2021

Du rêve sur les skis

Une magnifique réalisation de Matthias Gibaud réalisée au domaine nordique des Glières. On a envie que l'hiver dure encore quelques semaines, d'acheter une paire de skis et d'aller se perdre dans les décors féériques que seule la montagne est capable de nous offrir. 

Du rêve plein les poumons!

A découvrir ICI ou en cliquant sur l'image.




lundi 15 février 2021

Rétablissons le ski pour tous

  • Je tiens d'abord à préciser que mon message ne s'adresse pas à une personne en particulier. Dans une fédération, même s'il y a un président, il y a de nombreux décisionnaires. Je m'adresse à tous ceux qui s'octroient des pouvoirs abusifs, à ceux qui ne prennent pas le temps d'écouter. A ceux qui ne veulent pas avancer.

    Selon l'INSEE, "Une fédération sportive organise et assure la promotion de la pratique de sa ou ses disciplines, de l'activité de loisir au sport de haut niveau. Elle est l'union d'associations sportives".

    Aujourd'hui, notre fédération ne défend que le sport de Haut Niveau, oubliant que les clubs ont formé les athlètes avant que la fédération ne leur colle l'étiquette Haut Niveau. Elle oublie que sans le bon fonctionnement des clubs, sans le travail incroyable de leurs entraîneurs, il n'y aurait pas d'athlètes, ni même de pratiquants. Et que sans eux, sans tous ces acteurs indispensables au bon fonctionnement d'une fédération, celle-ci n'existerait tout simplement pas. Nos dirigeants oublient qu'ils vivent sur le dos des clubs, des jeunes coureurs, des entraîneurs, des parents, de leurs motivations sans faille.

    Les décisions sont désormais prises sans concertation ni consentement, elles sont imposées et nous subissons ces abus sans possibilité de nous faire entendre. Les initiatives de nous autres, "petites gens", sont brisées sans raison valable. Alors oui, dans les bureaux, certains de nos responsables se félicitent des médailles obtenues aux Championnats du Monde ou aux Jeux Olympiques, et les athlètes deviennent leur faire-valoir, la possibilité d'afficher leurs galons, de serrer des mains et de sourire plus que nécessaire. Mais avez-vous seulement une pensée pour tous ces jeunes laissés de côtés, ces jeunes écrasés, ces entraîneurs désabusés ? Croyez-moi, ils sont nombreux, pourtant, vous ne souhaitez offrir de solutions à leur désarroi. Alors qu'ils vous nourrissent, vous les affamez.

    Le contexte sanitaire actuel n'est en rien responsable de ce qu'il se passe en ce moment dans notre fédération, le problème est plus profond. Les langues n'osent pas se délier, car tous connaissent les représailles. Alors que seul le chrono devrait être juge de paix, nombreux sont les prétextes invoqués, trop grand âge, écart avec les poursuivants pas suffisamment importants, concurrence pas assez forte... Nous savons tous que nos droits ne sont pas égaux et que les décisions ne sont pas impartiales.
    Il est temps de bousculer ce système autoritaire pyramidal où les décisions sont hiérarchiques et ne peuvent ni ne doivent être discutées, il serait intéressant de redonner enfin aux différents clubs la possibilité de s'exprimer et d'exister. Car aujourd'hui plus que jamais, tous se retrouvent sous le joug de décideurs qui ne semblent plus penser à l'avenir, mais uniquement à la possibilité de briller, quels qu'en soient les moyens, faisant fî des conséquences. Quitte à oublier l'égalité. Quitte à oublier le sportif et ses droits. Quitte, somme toute, à oublier l'humain (et je suis bien placé pour le savoir *).
    Notre fédération en oublie alors ce pour quoi elle est née: unir, rassembler autour d'une idée commune,  d'un idéal, et ce pour le bien-être de tous. En un mot, fédérer, et plus encore, faire preuve de bienveillance envers ces acteurs qui vous font vivre.

    Il est peut-être temps de changer -enfin- un système qui ne tient plus debout. Car la colère gronde, messieurs les dirigeants.

    La colère gronde, mais il est encore temps d'agir.



    Il y a dix ans, lors de l'une de mes dernières Coupes du Monde, un virus (déjà) traînait dans les parages. A l'époque, la psychose (re-déjà) gagnait de nombreux pays. Il était question de Grippe A, le gouvernement avait commandé des milliers de masques, des vaccins avaient été mis sur le marché, et dans ma malchance, j'avais eu le bonne idée d'avoir mes premiers symptômes grippaux l'avant veille de la course, alors que j'étais à Beitostolen, en Norvège. On m'avait alors envoyé en ambulance à Lillehammer (2 heures de route) pour faire des tests et savoir de quoi il tenait. A quatre heures du matin, après de nombreux tests, on m'avait effectivement déclaré porteur du Virus de la grippe A et dans mon malheur, j'avais la chance que le virus n'affecte pas de manière grave mes voies respiratoires. L'hôpital ne voyait donc pas la nécessité de me garder dans ses locaux, et me conviait à retourner parmi mes collègues dans l'hôtel, stipulant qu'avec le port d'un masque, je les protégerais d'une éventuelle infection. J'ai appelé le chef des équipes pour lui relater les faits, ce sur quoi il m'a répondu qu'il était hors de question que je rentre à l'hôtel, que je devais retourner sur le champ au bercail. Chez moi. Par mes propres moyens. Je lui expliqué n'avoir sur moi que ma carte bleue et mon téléphone. Toutes mes affaires étaient à l'hôtel, notamment mes clés de voiture et d'appartement.
    "Débrouille toi. Appelle une personne de ta famille, elle viendra te chercher". Voilà la réponse qui m'a été faite.

    Il a fallu que j'insiste, que j'explique que ma famille ne serait pas forcément disponible, et après un long échange, il a consenti à me laisser revenir à la gare de Beitostolen, située à une quinzaine de kilomètres de l'hôtel, pour que j'y récupère mes affaires qu'on me laisserait là bas. J'avais 41,5 de fièvre, j'étais bourré d'antiviraux, perclus de courbatures, j'avais dormi deux heures et j'ai dû effectuer 3 heures de voyage en bus pour rejoindre la gare de Beitostolen. Ensuite, j'ai dû prendre un train et effectuer le trajet en sens inverse pour aller à l'aéroport d'Oslo. Bien entendu, personne ne m'avait communiqué les horaires possibles des avions, lorsque je suis arrivé, il était 22 heures et la plupart des compagnies étaient fermées. J'ai fini par dormir sur un banc de l'aéroport.

    Quelques années auparavant, j'avais eu un échange avec l'un des membres du staff du nordique. Mal dans ma peau, j'avais demandé un aménagement du planning de stages. On m'avait traité de con et que, si c'était le cas, on me supprimerait mon contrat professionnel avec les douanes.
    Ce ne sont que des histoires parmi tant d'autres, mais voilà la manière dont on peut traiter l'humain au sein de la fédération.





dimanche 7 février 2021

Le sport et la liberté

Aujourd'hui, je souhaitais prendre part à une épreuve de ski de fond en Suisse. Une épreuve internationale à laquelle l'organisation suisse conviait les athlètes nantis d'un code FIS (licence internationale) et justifiant un nombre de points inférieurs à 200 (les points FIS sont des points attribués aux skieurs à l'issue de la saison précédente, il faut avoir effectué au moins une course internationale pour en avoir). Je remplissais les deux conditions et ai donc contacté l'organisation de l'épreuve pour m'inscrire. Je reçois un retour positif, et hier soir, au moment de préparer mes skis, ne voyant pas mon nom sur la liste de départ, j'apprends par les organisateurs que certains dirigeants de la Fédération Française de Ski leur ont demandé de refuser les inscriptions des athlètes français (hors membres des équipes de France). 
Bien entendu, je n'en ai pas été informé directement et si je n'avais pas regardé la liste de départ, je serais arrivé la bouche en cœur au départ de la course.

L'important, c'est de participer. Depuis des décennies, ces mots pleins de sagesse résonnent dans les pensées collectives. Ils sont véhiculés au sein des valeurs sportives de chaque athlète, professionnel ou amateur.
Je tiens à pousser mon coup de gueule. En ce contexte difficile, l'ensemble des courses françaises sont réservées aux seuls membres des équipes de France, mais voilà que nos dirigeants font pression auprès des pays voisins.
La pratique du sport se doit d'être équitable pour chaque athlète. J'ai toujours pensé que les fédérations faisaient certains choix qui leur étaient propres quant à la constitution des équipes fédérales.
Notre sport, ce sport que j'ai tant aimé, m'a octroyé de grandes joies, mais il m'a apporté et m'apporte encore de nombreuses amertumes. Un manque d'empathie, d'écoute. Depuis des années, nombre de nos dirigeants nordiques ont décidé (sans raison valable) de limiter l'accès à certaines courses aux athlètes. L'âge est souvent un motif discriminatoire, il faut avoir moins de 25 ans pour pouvoir prendre le départ à une épreuve. Différents arguments sont avancés par la fédération, aucun n'est admissible. Ces athlètes n'ont rien à se reprocher, si ce n'est de vouloir exister.
Bientôt, d'autres motifs viendront s'ajouter, il ne faudra pas être noir, ni juif, ni roux, ne pas avoir les yeux marrons, ne pas être trop petit, ni trop grand. Ne pas l'ouvrir et rester dans le "moule" instauré, se taire et oublier.
L'anecdote n'est, certes, pas vraiment drôle. Car dans cette histoire comme dans beaucoup d'autres, la fédération qui devrait défendre une idéologie basée sur le respect, le dépassement de soi, le résultat sportif pur et simple, s'octroie finalement un droit qu'elle ne peut ni ne devrait s'approprier : le pouvoir de décider quels sont les droits de l'Homme. Alors qu'il y a quelques siècles, la révolution française aboutissait aux « Liberté, égalité, fraternité », ces trois termes semblent aujourd'hui bafoués.
Nous ne vivons plus dans un monde libre, nous sommes assujettis aux caprices des gens de pouvoir. Nous oublions que le sport est avant tout une promesse, celle de nous battre à chances égales, de croire. D'avoir, comme tout un chacun, la possibilité de nous exprimer avec notre corps, notre tête. L'espoir de nous dépasser, de grandir, d'avancer. Nous oublions que pour motiver nos licenciés, nous devons leur laisser cette chance de s'exprimer. 
Alors comment pouvons-nous pousser nos jeunes athlètes à persévérer si, d'emblée, les portes leur sont fermées?
Le milieu du sport est injuste, j'aimerais que les personnes qui le régissent soient davantage humaines, qu'elles n'oublient pas qu'un jour, elles ont été coureurs, et qu'à cette époque, elles se révoltaient également contre les injustices. Pourquoi aujourd'hui ont-elles changé leur point de vue ? Je crains que leur poste soit plus important que les idéaux, que les salaires leur fassent oublier qui elles sont, qui nous sommes, et que le pouvoir -encore lui- biaise nos jugements et nous enlève notre libre arbitre.

Une charte olympique a été établie voilà quelques années: « La pratique du sport est un droit de l’homme. Chaque individu doit avoir la possibilité de faire du sport sans discrimination d’aucune sorte et dans l’esprit olympique, qui exige la compréhension mutuelle, l’esprit d’amitié, de solidarité et de fair-play ».
Je ne peux que constater que notre fédération fait triste sort de ce fair-play qui donnerait alors la possibilité à chacun de défendre ses chances avec équité. Depuis vingt ans, je constate un système désuet, presque totalitaire.

Je ne suis pas en train de partir en guerre, ni mener une révolution. Simplement défendre des droits, avec quelque part dans un coin de la tête, les paroles sages de Coubertin : L'important dans la vie, ce n'est point le triomphe, mais le combat. L'essentiel n'est pas d'avoir vaincu, mais de s'être bien battu.
Ma carrière, même si je souhaite la poursuivre encore quelques années, touche bientôt à sa fin. Je n'ai plus rien à prouver ni à défendre, je pense surtout aux générations futures, à ces jeunes emplis de rêves, et j'aimerais que l'on cesse de les leur ôter. 

A bon(s) entendeur(s).