lundi 6 mai 2013

22, v'là l'bilan

Pour bien comprendre ce bilan, il faut repasser en revue les quelques histoires de la saison (en lien pour ceux qui n'auraient pas suivi)
Il y a tout d'abord eu cette fameuse histoire du chiffre 4, qui m'a collé à la peau pendant plusieurs week-end. J'ai eu un mal fou à m'en défaire, mais j'y suis quand même arrivé, virant par la même occasion ma canne de p'tit vieux
Piqué dans ma fierté de me voir affublé du titre de "vétéran", que l'on utilise pour bien vous faire comprendre que vous êtes désormais vieux et bientôt bon à remiser avec les outils et carcasses de voitures hors d'usage, j'ai voulu monter que je pouvais encore donner du fil à retordre aux jeunes.
Mais, dixit le proverbe, "il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué". Le mois de janvier, comme qui dirait, c'était la caca, la cata, la catastrophe. J'ai soupçonné -à tort- quelqu'un de m'avoir volé ma forme, ce qui aurait expliqué mes performances en berne. Fausse alerte, cette bonne et vieille forme avait fugué et, en mal de moi, elle a  fini par revenir. Juste à temps pour satisfaire ma curieuse addiction aux cloches. Une magnifique victoire à la Transjurassienne a offert de la compagnie aux deux existantes (la première, celle de la Transju 2011, et l'autre, celle du goujat qui se veut drôle...)
Cette victoire, je la dois aussi à mon sérieux. J'ai simplement réappris à compter, me convainquant sans cesse qu'après le "un", il y avait le "un" et puis encore le "un". Tout bonnement. Et ça a marché. Tout bêtement. D'autant plus que le un, il est facile à prononcer, il ne râpe pas la gorge, et est doux à l'oreille. 
J'aurais bien voulu l'entendre de plus nombreuses fois, mais la forme est capricieuse et n'en fait parfois qu'à sa tête, et bien que je l'aie attachée pour qu'elle ne me refasse pas une nouvelle fugue, j'imagine lui avoir laissé trop de jeu, ce qui expliquerait ces quelques secondes qui m'ont manqué lors des sprints finaux de certaines grandes courses.
Aujourd'hui, après une courte pause, il va falloir reprendre le chemin de l'entraînement. Avant cela, je suis allé naviguer sur internet pour faire une commande importante. Vous vous en doutez, je me suis acheté des cerceaux. 
Comment ça, pour quoi faire ? Bah, pour les Jeux Olympiques! Si je veux essayer d'y aller, il faut bien que je commence à m'entraîner rapidement.




dimanche 21 avril 2013

Une course en Norvège


J’ai longuement hésité. J’y vais, j’y vais pas. J’y vais pas, j’y vais…
Fin de saison, fatigue, manque de motivation, printemps… A vrai dire, je ne savais même plus trop quelles raisons pouvaient orienter ma décision en faveur du départ. La raison aurait voulu que face à cette balance dont tous les arguments penchaient à la faveur du non, je m’abstienne.
Il n’aurait pas été étonnant que je reste. Mais j’étais sensé être homme de paradoxe, et pour ne pas ternir une réputation dont j’avais eu un mal fou à me forger, je suis donc parti. Où ça ? Pour une course en Norvège, trois semaines après les dernières épreuves françaises. Le plus difficile était moralement. Ça impliquait de ne pas remiser tout de suite ses skis dans le placard, poursuivre quelques séances d’entraînement sur neige, par plus de vingt degrés, et se dire que j’allais encore en baver une nouvelle fois cette saison.
J’ai mis mes affaires dans la voiture et j’ai pris la direction de l’aéroport. Il y avait des bouchons dans Genève. Des travaux par-ci par-là, et j’ai failli louper l’avion. Le jeudi soir, j’atterrissais en Norvège, pas loin d’Oslo. Le lendemain, je loupais le train pour quelques minutes. J’avais trois heures de trajet pour rejoindre le site de course. J’ai donc opté pour le bus. Le bus a pris du retard, et j’ai loupé la correspondance pour les derniers cinquante kilomètres. Je me suis retrouvé à faire du stop, perdu au milieu de nulle part, la housse sur une épaule, le sac sur l’autre et l’estomac criant famine. Mais j’ai fini par arriver à bon port.
Le lendemain, nous devions, tous les concurrents, prendre un train qui devait nous amener au départ. Il y a eu une panne d’une heure, et nous avons donc loupé le train que nous devions prendre. Même si le départ a été décalé, il s’en est fallu de peu pour qu’on le loupe. Mais je l’ai eu. On l’a eu. Finalement, j’ai commencé à me demander si, dans l’enchaînement malheureux des événements, je n’avais pas une certaine part de chance, vu que j’arrivais toujours à avoir ce pour quoi j’étais là.
On a fait la course, j’ai pris un mauvais départ, et j’ai loupé le wagon de tête. J’ai néanmoins réussi à le rattraper, et au fil des kilomètres, on s’est retrouvé à trois pour jouer le podium. Trois bonhomme pour trois places, ça tombait bien. Je me suis battu jusqu’au bout, mais j’ai terminé deuxième. Deuxième, c’était pas mal, j’étais fatigué, content de moi, je venais de clore une belle saison.
–T’aurais pu gagner, non ? m’a-t-on fait au retour.
Je n’ai pas compris la remarque. Deuxième, ça restait une jolie place. J’avais terminé à quelques secondes du vainqueur.
En fait, j’avais loupé la Subaru.
Oui, il y avait une Subaru pour le vainqueur. En rentrant, ma vieille 106 m’attendait sur le parking. Je suis quelqu’un de fidèle. Et puis, je l’avais depuis tant d’années, ma vieille titine. Qu’est-ce que j’aurais fait d’une Subaru rutilante, brillante, toute neuve ?
J’ai mis le contact, le moteur a toussé et s’est étouffé. Un gros nuage de fumée est sorti du pot d’échappement. Ensuite, plus rien. Je suis resté en plan sur le parking.
Oui, j’ai loupé la Subaru…

jeudi 18 avril 2013

Pensée du Jour (numéro 3)

Grandir, ce n'est pas oublier ses rêves avec sa jeunesse, mais s'épanouir en leur faisant prendre vie


© Benoît Chauvet

samedi 13 avril 2013

Les soucis existentiels

Je porte des lunettes. Oh, ça date... Depuis la sixième, peut-être la cinquième. Donc oui, ça fait un petit bout de temps. J'en ai d'abord eu de jolies bleues. A cette époque, je n'en avais besoin que pour lire au tableau lorsque j'étais en bout de salle. Les rouges, c'est quand il a fallu en avoir pour regarder aussi la télé. Les rondes, c'est quand il a fallu les mettre quasiment tout le temps. L'épaisseur des verres se rapprochait de celle des verres à boire. Des culs de bouteille, auraient clamé les petits malins. C'est à ce moment qu'il a fallu opter pour les lentilles de contact. Un choix judicieux, permettant de cacher au monde environnant cette fameuse tare que je traînais depuis déjà quelques années. Les lentilles, je les gardais du matin au soir, de six heures à vingt trois heures. Essayer, c'est adopter ! Et voilà qu'un jour, mes yeux ont dit stop. La cornée complètement irritée, l'oeil larmoyant. Bref, il a fallu se remettre aux verres. Mais en ski, le confort des lunettes laissait à désirer. Buée constante, sans parler des jours de grands froids où la peau de mon nez restait collée au métal de la lunette. Au bout d'un moment, j'en ai eu marre, et j'ai décidé de m'en passer pour aller faire mes sorties de ski. De toute façon, je ne risquais pas grand-chose, la neige amortirait toute éventuelle chute.
J'ai passé tout l'hiver ainsi, et je m'y suis habitué. De plus, avec la pratique, je connais les moindres virages et les parties délicates du parcours. Désormais, quand je m'entraîne, avec ou sans lunettes, à mes yeux tout est normal.
Le seul souci, c'est quand quelqu'un me fait signe, de loin. Sachant qu'à deux mètres, je ne distingue plus les traits, qu'à dix, les formes sont des ombres chinoises et qu'à vingt, je ne sais pas si c'est un sapin, un panneau ou un type qui est en face de moi, c'est très, mais alors très compliqué pour moi. J'arrive à m'en sortir au son de la voix, en mettant un visage sur ce que j'entends.
Mais parfois, c'est mission impossible.

-Euh... Lolo ? C'est toi ?...

mercredi 3 avril 2013

La vie de l'autre

On me demande parfois quelle est la part du réel et de l'imaginaire dans mes écrits. J'ai envie de reprendre un passage de mon livre (Et sinon,...) bien que j'imagine que tout le monde l'ait déjà lu.


« Un ami m’a demandé si j’avais réellement escaladé cette falaise de cent mètres rien qu’avec les bras, fait le tour de France à cloche-pied, traversé le lac d’Annecy en apnée…Quand je lui ai répondu que non, il a paru déçu. Par contre, il ne m’a pas demandé si j’avais réellement passé mon bac à treize ans. Faut croire que c’était un peu plus dur à faire avaler.
Le soir j’ai remis en question mes talents d’écrivain. Ce que je griffonnais était trop crédible pour pouvoir ne pas être crédible.
Pourtant, moi, ça me semblait évident. Entre Benoît Chauvet et Benoit Chauvet, la différence était énorme. Il aurait vraiment fallu être de mauvaise foi pour ne pas apercevoir que sur Benoît, il y avait le chapeau. En plus, vous imaginez, si je devais raconter ma vie, on serait à des lieues de ce que j’écris.
Non la mienne, en gros, c’est tout ce que je peux écrire, mais en bien pire ! »

Simplement pour dire que si je raconte que j'ai sauté de la branche d'un arbre, dites vous simplement qu'en fait, j'ai effectué un triple saut périlleux à haute altitude depuis la cabine d'un avion.

Et bien sûr, sans parachute !

mardi 26 mars 2013

Pensée du jour

"Heureux les imbéciles, qui dans leur indolence, donnent au sérieux du Monde légèreté et insouciance."


extrait du "temps des sourires", Benoît Chauvet

lundi 11 mars 2013

Tabernak !


Je regarde le gars qui me regarde le regarder. J’ai les yeux ronds, la bouche ouverte, le regard hagard.
-Eh, tsête dze piâf, me fait le gars, vous zêt tsur que que tsou va bien ?
-Euh, je suis désolé, fais-je en reprenant mes esprits. Je ne parle que le français.
Cette fois-ci, c’est à son tour d’écarquiller les yeux, d’ouvrir les yeux. Sauf que dans son regard, je lis qu’il me considère comme le dernier des abrutis.
Il y a peu, j’étais encore en France. Tout semblait parfait. Pour une fois, je n’avais rien laissé au hasard. Après ma galère d’avion d’il y a deux ans (Capt’ain América, dans ce fameux livre que vous devriez tous avoir lu), après avoir été à deux doigts de le louper l’année dernière faute d’avoir pris ce fameux ESTA (histoire à suivre), je pensais être rôdé.
J’avais même pris quelques cours d’anglais, histoire ne pas être ridicule en arrivant chez les Ricains. Pendant le décollage, j’ai repensé au moi d’il y a deux ans, cet inculte moi qui ne connaissait que ces deux répliques connues : Where is Brian ? Brian is in the kitchen.
A l’époque, je n’étais vraiment pas bon. Mais j’ai progressé. Un travail assidu. J’ai ressorti mes bouquins de sixième, et chaque soir, à la lueur de ma lampe de chevet, je me suis répété en boucle les nouveaux mots de vocabulaire. Et aujourd’hui, je n’étais pas peu fier de lancer avec fierté :
Brian is in the kitchen AND he is eating a sandwich.
Mais là, tout de suite, maintenant, je comprends que tout ce travail de longue haleine ne m’a pas servi à grand-chose. Pourquoi ? Simplement parce que si j’avais poussé mes recherches, j’aurais vu que… Nous sommes en 2013 après Jésus Christ. Toute l’Amérique est occupée par la langue Ricaine. Toute ? Non ! Car une région peuplée d’irréductible Québécois résiste encore et toujours à l’envahisseur. Et la vie n’est pas facile pour les garnisons de ricains…
Enfin bref, j’ai donc débarqué près de Montréal, j’ai loupé le bus que je devais prendre, et il a fallu que je me débrouille autrement. Nous arrivons donc au moment présent de l’histoire. Un gars croisé dans la rue, je lui demande si par le plus grand des hasards il parle français, il acquiesce, je suis sauvé. Non pas que je remette en doute mes compétences linguistiques anglo-saxonnes, mais mon cas présent me semblait un peu compliqué.
Je lui ai donc demandé quel bus fallait-il prendre pour aller à Ottawa.
-Viens t’en, tire-toi une bûche pour jaser*, m’a-t-il fait en me désignant une chaise. (* : voir definition en fin de texte)
Faciès du poisson hors de l’eau. Yeux ronds, bouche ouverte. Je vois bien qu’il me prend pour un con lorsque je lui dit que je ne parle que français. Mais je ne me débine pas. Je regarde la carte des bus, et lui demande si je peux prendre le 8 à la place du 13.
-Tantôt t’ô pô eu le 13 ? me fait-il.
-Pardon ?
-Le 8 ? Oh, tsu peux changer quatre trente-sous pour une piasse.
Plus il me parle, moins je comprends. Je lui demande alors s’il connaît les prix pour Ottawa.
-Fouille-moé.
-…
-Le 8, il est rendu, il vô bientôt pârtir. Arrêt dse niaiser avec lâ puck et dsécide toé !
C’est à ce moment que j’ai compris que j’étais vraiment dans une belle galère. Bien entendu, j’ai loupé le bus. Je me suis ensuite débrouillé comme j’ai pu. J’ai pris le mauvais bus, j’ai mis cinq heures pour faire un trajet qui se fait habituellement en à peine plus d’une heure, je suis arrivé exténué et j’y ai laissé tout le change que je venais de faire en arrivant.
Bref, je suis arrivé au Canada, Tabernak !

Epilogue
Pour me remettre de mes émotions, je suis allé prendre une collation dans un bar. J’avais besoin de manger un truc tout en buvant un bon verre.
-Qu’est-ce que vous avez à manger ? ai-je demandé une fois attablé.
-Dsu Humbergueur avèc dsu sirop d’sérâble, avec dses frites cuitses au sirop d’sérâbles. Il y a ôssi dsu steak au beurre d’sérâble, ou encore not’ plât dsu jour, mârinade dse crevet’z au sirôp d’sérâbles.
-Mais, vous avez pas des plats normaux sans sirop d’érable ?
-Nson, dsésôlé.
-Bon, je vais plutôt prendre une bière. Une normale.
La serveuse revient un peu plus tard avec ma bière. Aromatisée, il va de soi, au sirop d’érable.
Pas de doute, j’étais bien au Canada.


* Viens t’en, tire-toi une bûche pour jaser : viens, prends une chaise pour parler
  Tantôt : tout à l’heure (passé ou futur)
  Oh, tsu peux changer quatre trente-sous pour une piasse : C’est du pareil au même.
   Fouille-moé : je ne sais pas du tout.
   Il est rendu : il est arrivé
  Arrêt dse niaiser avec lâ puck et dsécide toé ! : Arrête d’hésiter et décide toi.
  Tabarnak : juron qui exprime la colère, le choc, l’indignation. Mot passe partout.