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mardi 30 juin 2020

Petit tour dans les Belledonne: Reconnaissance de l'échappée belle

En mode trail sur ce printemps et cet été, je suis allé mercredi reconnaître une partie du GR 738 qui fait la traversée du massif de Belledonne.
Je ne connaissais pas du tout cette région montagneuse, et la découverte a été assez surprenante.
Nous sommes partis la veille à trois et avons dormi aux portes de Vizille, au départ du GR, pour éviter de faire la route au petit matin. 

Mise en place du bivouac

Un départ à 6 heures du matin de Vizille avec mes deux compagnons d'échappée (dont Cédric Revillard, chocolatier et créateur de Cr'oc&Go, ainsi que Rachid) chargés chacun d'un petit sac de victuailles pour affronter une journée de course à pied. 



Dès les premiers kilomètres de la montée sur Chamrousse, nous perdons le sentier (qui partait sur la gauche, après coup, nous avons compris que la marque verte sur un muret indiquait le chemin à suivre) et après une bonne galère à monter droit dans la pente, nous retrouvons le chemin au hameau de la Croix, décidant alors d'être vigilent pour ne pas perdre de nouveau le GR.
Au bout de deux heures, nous arrivons à Chamrousse et remplissons les gourdes pour poursuivre notre montée. Nous décidons de passer à droite de la croix de Chamrousse pour rejoindre le lac Achard et revenir sur l'itinéraire de l'échappée belle. C'est à partir de ce lac que le parcours devient grandiose.

Lac Achard

Au col des trois Fontaines, je fais un petit détour jusqu'à la Croix de Chamrousse pour profiter du panorama, mais avec toutes les remontées mécaniques, la vue est un peu décevante. 

Vue depuis la croix de Chamrousse

Descente depuis le col des Trois Fontaines

Autant continuer sur le GR en direction des lacs Robert.

Lacs Robert


Le sentier n'est pas très roulant, mais les paysages sont sublimes, et nous en prenons plein les yeux. Même si le coin est très rocailleux, les lacs et rivières sont nombreux et nous pouvons remplir nos gourdes bien plus que nécessaire. Nous croisons des lacs aux couleurs turquoise, une eau limpide à donner envie de piquer une tête.


Lac Leama







Lac Longet

Au refuge de la Pra, nous perdons définitivement l'un des trois coureurs, pas en grande forme. Après hésitation, je décide de prendre, seul, en direction du col de Freydane. 

Montée après le refude de Pra en direction des lacs Domenon

L'itinéraire est enneigé dès 2200 mètres et la montée est assez glissante, et surtout, très humide. La descente sur le lac Blanc finit de me tremper les pieds et je sens déjà mes voûtes plantaires en surchauffe. 

descente depuis le col de Freydane

Au refuge Jean Collet, je retrouve l'un de mes compagnons, qui a préféré éviter la neige. Le deuxième, en difficulté depuis le début de la journée, a préféré rentrer.
L'idée de départ était de poursuivre jusqu'au Habert d'Aiguebelle, puis de descendre sur Vaujany pour faire du stop et rejoindre Vizille pendant que les deux autres coureurs redescendent vers Crolles, pour que je les récupère en voiture là-bas. 
Je préfère finalement redescendre en direction de Saint-Martin d'Uriage et tends le pouce à ce moment là pour éviter les derniers kilomètres de route jusqu'à la voiture.
Une belle sortie de 11 heures, avec 4500 mètres de D+ et 70km. La chaîne des Belledonne porte bien son nom, et j'ai hâte d'y revenir en août pour y mettre le dossard.

mardi 16 juin 2020

Maxi entraînement autour du Lac

En 2006, j'effectuais mon premier tour du lac (d'Annecy) en passant par les crêtes. Avec tente, sac de couchage et popote, en marchant, en prenant mon temps. Il me fallait deux jours et demie pour boucler la boucle. C'était une autre époque, celle où, lorsque l'on me parlait de trail, d'ultra, de courir avec un dossard pendant plus de deux heures, je vous aurais ri au nez. Plus encore, j'aurais traité de dingue ceux qui s'inscrivaient sur des Iron man, ou encore ceux qui finissaient les premiers UTMB. Je n'ai pas changé mon discours, ce sont toujours des dingues, dont je fais désormais partie.
Pour préparer mes petites courses estivales et automnales de 2020, je suis allé faire une sortie en fin de semaine dernière. Le fameux (minuscule) tour du lac d'Annecy, un petit "quatre vingt" kilomètres au compteur, avec quelques variantes au tour "officiel". J'avais tablé sur 10 heures.
Bien entendu, pour officialiser ma sortie -moi qui ne suis pas adepte de tout engin électronique- j'ai pris une montre gps, chargée comme il se doit la veille au soir. J'ai également pris deux bidons d'eau, cinq barres de céréales (Cr'oc&Go ça va de soi), et une tarte gagnée sur l'une de mes dernières courses estivales. Autant la manger sur ce genre de sortie. Périmée depuis trois mois, mais qui, finalement, ne se périme jamais, tant elle est compacte.
-Tu ne vas pas prendre ça ?! s'est exclamée ma compagne. Crois-moi, c'est un étouffe-chrétien.
Je lui ai répondu posément que je ne risquais rien, j'étais athée et ne croyais en rien.

J'ai garé ma voiture. J'ai enclenché ma montre. J'étais dans les starting-block. Cinq minutes plus tard, j'étais encore sur place, à attendre que la machine veuille bien détecter le signal GPS. Son bip m'a enfin annoncé que je pouvais y aller. 

Annecy dans la brume


Je gravis le Veyrier à un bon rythme. A mi-chemin de ma première escapade, je ressens une vibration au poignet. Un coup d'oeil à ma montre qui m'indique...
Redémarrage du logiciel.
Je perds ainsi toutes mes données de début de séance.
Un quart d'heure plus loin, je fais une pause pipi, je mets la montre en pause, je repars, et je me rends compte en descendant de ma première ascension que j'ai oublié de réenclencher le chrono.

Le Lac avec Semnoz sur la droite

Annecy


Alors je commence à faire mes calculs, du nombre approximatif de kilomètres qu'il va me manquer.
Mille mètres de grimpette (verticale) plus tard, je perds le signal GPS. Je le retrouve. Le reperds. Secoue ma montre récalcitrante. Lui dis que si, elle et moi, voulons finir dans de bonnes dispositions, il faudrait qu'elle y mette du sien.

Dents de Lanffont

Vue depuis le col des Frêtes




A mi-chemin (environ 35-40km et 3000 mètres de dénivelée), la petite bête m'annonce qu'elle a trop de données emmagasinées (ah oui, j'avais oublié de la synchroniser sur l'ordinateur pour en vider mes séances précédentes) et qu'elle ne pourra pas comptabiliser l'ensemble de ma sortie. Je suis à deux doigts de la jeter dans le lac.

Tournette (mais je n'y suis pas monté)

Depuis le col de la Forclaz

Je cours depuis bientôt cinq heures, j'ai englouti mes cinq barres de céréales et je commence à avoir une petite faim. Patient, j'attends une nouvelle heure pour déballer ma tarte. Mes papilles frétillent, je défais l'emballage, je prends une bouchée... qu'il me faut dix minutes pour avaler. Un étouffe-athée. Dépité, je range la tarte dans le sac et repense aux paroles sages d'Isa en sentant mon estomac gargouiller.

Montée sur Entrevernes

Après une nouvelle ascension (col de la Cochette, je ne sais pas pourquoi, j'adore ce nom de col), 



j'entame la descente sur le col de Leschaux, je prends un sentier à gauche, un autre plus petit à droite, et je me paume. Je fais demi tour, essaie un autre chemin qui finit lui aussi en cul-de-sac. Et je commence à tourner en rond, encore et encore. Ma montre vibre, me dit qu'elle a encore perdu le signal GPS. 
J'ai des envies de meurtre.

Descente sur Leschaux

Après une bonne galère, je finis par retrouver mon chemin, bien loin de là où je pensais être. N'ayant plus le temps de faire ma dernière montée (le Semnoz et ses 800 mètres de D+), j'ai bifurqué en direction d'Annecy. Un long et lent calvaire sur la route, rêvant d'un bon steak et de frites très grasses (et de chips, et de saucisson aussi, et puis de glace, n'importe quoi pourvu que ça se mange et que ce soit bien gras) m'a amené jusqu'à Annecy. J'avais mal aux 
J'ai fini ma boucle, et à cet instant, j'ai pensé à ma prochaine épreuve, j'avais fait quatre-vingt kilomètres et environ 4000 mètres de dénivelée positif. Et je me suis dit qu'à ce moment, je n'en serais même pas à la moitié de l'épreuve.
J'ai eu envie de pleurer. 

(PS: à défaut de tracé gps, il y a les photos pour prouver que j'ai bien effectué le tour. Par contre, s'il n'y en a plus sur la fin, c'est parce que j'étais complètement cuit)


mercredi 3 juin 2020

Le Koh Lanta Parmelan Survivor

Après cette longue période enfermés à la maison, j'avais décidé d'emmener les enfants faire une randonnée avec bivouac dans les hauteurs. C'était le moment de les endurcir, les mômes, de leur montrer ce que c'était que la vraie vie, dormir sur le dur dans un abri sommaire, dans la pampa lointaine, entre les loups et les ours. En finir (au moins pour une nuit) avec le confort. Aller chasser le gibier dans la forêt, allumer un feu avec deux morceaux de bois. L'aventure, la vraie, parce qu'il y en avait ras-le-bol de toutes ces émissions à deux balles à la télé, genre Koh-Lanta ou Pékin express. La vie, fallait la vivre, et pas par procuration. Rester aussi leur idole, en tant que papa qui savait tout faire, qui n'avait peur de rien, aventurier hors pair capable de survivre au Groenland juste en slip avec un canif.
On a chargé le sac avec la tente, les sacs de couchage et les tapis de sol (oui, fallait un minimum quand même), des affaires de change et des habits chauds pour les petits, moi pas besoin, un short et un T-shirt, ça suffisait, depuis le temps, j'étais endurci. J'avais néanmoins pris quelques friandises pour eux, au cas-où, et on est partis.
Dans la montée, les enfants ont gambadé devant, pendant que moi, avec mon sac à dos de trente kilos, je galérais derrière. Au bord de l'hypo, j'ai tapé dans la réserve de bonbons qui leur était destinée pour retrouver un second souffle. Une fois en haut, on a monté la tente, et je suis parti à la chasse. 


Il m'a fallu deux heures pour revenir avec de la viande.
Les petits ont couru vers moi. Bravo papa, tu es le meilleur. Fais voir ce que tu as attrapé ?
Je leur ai montré ma prise. De superbes merguez, oui, les merguez, ça a des pattes et ça court dans les champs, et le premier qui me dit qu'on trouve les mêmes au supermarché, il dort tout seul dehors.
J'ai posé les merguez sur une pierre et ai commencé à faire un feu. Un demi-heure plus tard, je leur ai dit qu'elles pouvaient aussi se manger cru, que c'était très bon aussi et que ça renforçait les intestins. Et que de toute façon, les feux étaient interdits en montagne. Le repas englouti, le soleil s'est couché et j'ai commencé à me cailler. Les enfants jouaient dans la prairie.
Vous n'avez pas froid ? leur ai-je demandé.
-Non, c'est trop chouette la montagne. 
Frigorifié, j'ai décrété le couvre feu général, il était temps d'aller au lit. Après une petite java en bonne et due forme, ils ont fini par s'endormir. Je me suis recroquevillé dans mon duvet pour essayer de trouver un peu de chaleur, sans succès. J'aurais bien enfilé une veste des petits, mais à part réussir à y enfiler mon pouce, c'était peine perdue. Alors j'ai pris mon mal en patience, je me suis tourné et retourné, j'ai essayé de me rapprocher de l'un qui s'éloignait immédiatement, tentative auprès de l'autre : « papa, pousse toi, tu prends toute la place » et quand enfin, j'ai réussi à dormir plus d'une demi heure d’affilée (au petit matin, parce que les premiers rayons chauffaient enfin la tente), les petits ont ouvert un œil, puis un deuxième, et m'ont bienfait comprendre que pour eux -comme pour moi- la nuit était terminée. Mon orgueil en a pris un coup lorsqu'ils m'ont dit que cette nuit, ils avaient vraiment bien dormi et qu'ils avaient presque eu trop chaud.
Je me dis que c'est parce que je dois avoir mon poids de forme et pas un pet' de gras en trop. On se rassure comme on peut...
Aussitôt rentrés, ils m'ont demandé quand quand est-ce qu'on allait recommencer.
-Je sais pas, leur ai-je répondu, désormais, pour ce genre de choses, voyez avec maman, moi, j'ai piscine.


Le Parmelan

Vue sur Annecy le matin





vendredi 22 mai 2020

Programme estival, une Echappée Belle pour commencer

Vous le savez tous (à moins de vivre reclus au fond d'une grotte, sans média, sans téléphone, sans contact avec l'extérieur (ah, pas si bête comme idée, je m'en rends compte en écrivant ces lignes, bon moyen de vivre tranquille loin de toute psychose)), un nouveau venu sur le planète a chamboulé pas mal de choses. Et après avoir prolongé l'hivernage jusqu'en mai, avoir mis pas mal de dossards de côté, à la fois sur la saison de ski et sur le début de la saison de trail, après avoir tourné en rond (d'un kilomètre, et pas qu'en rond, en étoile aussi, en carré et dans toutes les formes géométriques possibles), j'ai pas mal cogité, et je me suis dit en me réveillant un matin: "Tiens, si j'allais mettre un dossard sur un petit 150 bornes cet été".
Moi qui bien sûr, jamais Ô grand jamais ne me serais lancé dans un tel type de courses, même pas en rêve, il y a encore deux ans en arrière, piqué par le virus (du trail, je précise), me voilà lancé dans un nouveau truc improbable. Il faut croire que le confinement m'a encore enlevé un bout de cerveau, et à force, il ne reste vraiment, mais vraiment plus grand chose. 
Alors voilà, je me suis inscrit sur L'Echappée Belle, 149 bornes exactement, 11 400 mètres de dénivelé, minimum 24 heures d'effort.
Pas de doute, j'y vais progressivement. Après un deux trails court l'été dernier (25 bornes), la SaintéLyon l'automne (76 bornes), je double encore la mise. En croisant les doigts pour que la météo soit de la partie.
Avec un peu de chance, il y aura un petit trail de préparation (Tour des Fiz si il a lieu?), et en automne, outre quelques courses locales, j'irai au Grand Trail des Templiers ainsi qu'à la SaintéLyon. Eh oui, beau programme avant de reprendre une nouvelle fois les skis pour l'hiver.
Et un grand merci au passage aux organisateurs de ces trois grandes courses pour leur invitation.




jeudi 14 mai 2020

Confinement: page 45

[...]

– Je crois qu'ils ont peur, fait Sabrina. Ils ont peur que la situation les dépasse, ils ont peur de ne pas prendre les bonnes décisions. Imagine qu'ils nous laissent vivre comme alors, et que le virus fasse bien plus de dégâts qu'imaginé ? Les syndicats se battent encore pour le bien être des salariés d'une entreprise. L'état est une entreprise nationale et nous sommes ses employés, si par malheur il arrive quelque chose de très grave, tout le monde va se retourner contre lui, contre leurs dirigeants et leur faire payer leur absence de décision. Ils se prémunissent, du meilleur comme du pire.

Aurore ne comprend pas. Elle est dans l'émotion. Dans l'incompréhension. Heureusement, rien n'est encore décidé. Elle imaginait que seul un pays communiste, seul un pays comme la Chine, la Russie, la Corée du Nord, pouvait prendre ce genre de décision. Mais il y a désormais les italiens, les espagnols. Aurore espère que la France suivra le modèle de la Corée du Sud, qui n'a pas choisi un confinement total, mais le confinement des personnes contaminées et celles susceptibles de l'être, avec des tests massifs pour dépister le Virus. Pourtant, là aussi, la liberté est bafouée avec un suivi intrusifs des habitants. Il y a un traçage des dépenses des cartes bleues pour pister les habitants, il en est de même pour le téléphone.

Tous trois ne peuvent s'empêcher de repenser au livre de George Orwell, 1984. A quel point doit-on ou peut-on enfreindre la liberté pour la protection de la population ?

En rentrant du travail, Sabrina a voulu aller faire des courses. Elle a découvert des rayons vides, le supermarché a été dévalisé. Les gens se sont rués sur les pâtes, la farine, le riz. Et même le papier toilette. Elle n'a pu retenir une pensée idiote, il y a deux choses indispensable chez l'être humain. Ce qui rentre dans son corps et ce qui en sort. Elle s'est pris un fou rire, toute seule. Aux larmes. Devant elle, au passage en caisse, un couple avait fait la razzia des dernières pâtes. Le caddy en était plein. Elle s'est remise à rire, c'était plus fort qu'elle. Rire de tous ces zigotos – et elle reste polie – dont la peur de manquer les incite à faire des achats en masse, et crée la pénurie. Le couple s'est retourné, Sabrina s'est étouffée, tellement elle riait. Elle a toussé. La réaction a été immédiate, l'homme et la femme se sont bousculés pour passer devant leur caddy. Elle a tellement ri qu'elle a failli se faire pipi dessus. Il y a eu quelques gouttes, une première depuis son enfance. Elle n'a pas eu honte, rarement elle avait autant ri, et qu'est-ce que c'était bon. En rentrant chez elle, elle s'est dit qu'il y n'y avait pas que du mauvais dans la bêtise des gens : jamais elle ne s'était autant amusée. Pourtant, elle a trouvé ça pitoyable. Elle ne comprend pas que dans un pays civilisé, les gens agissent de la sorte. Depuis plusieurs jours, les médias ne cessent d'en parler. Le Monde n'a plus que ça à la bouche. Un sentiment de panique s'est emparé de la population, qui se rue alors sur les denrées indispensables, comme si, dans les six prochains mois, la planète allait cesser de tourner.

Le lendemain soir, ils sont invités chez Jean-Marc et Véro. Enfin, ils ont réussi à se mettre d'accord sur une date. Ils seront quatre couples d'amis, avec les enfants ils seront quinze.

Ils sont en retard, Yoann et Sabrina demandent aux petites de se dépêcher. Comme à chaque fois qu'il y a une invitation chez des amis, elles sont intenables. En plus, il y aura des enfants de leurs âges. Pour les canaliser, les parents leur demande de les aider à porter les affaires, mais Louise renverse la tarte préparée pour le dessert. En plus de la bêtise, elle se pavane auprès de sa sœur, tu as vu ? C'est une tarte renversée !

Les filles, par pitié, calmez-vous ! scande Sabrina.

Elle parle dans le vide. Heureusement, cinq minutes plus tard, tout ce beau monde est installé dans la voiture, les ceintures sont bouclées.

J'ai oublié doudou ! s'exclame Jeanne.

Tu n'en as pas besoin, on rentre ce soir, lui dit sa mère.

Tu m'avais dit que je pouvais le prendre.

Oui, mais si au lieu de faire le pitre, tu était allée le chercher, tu l'aurais avec toi en ce moment.

Je veux mon doudou !

Jeanne, ça suffit. On est parti, on ne fera pas demi tour.

Elle se met à pleurer.

Bébé cadum, bébé cadum, chante joyeusement Louise.

Tu as pris les baillons ? demande Yoann à sa femme.



dimanche 10 mai 2020

Confinement: page 44

[...]

Une cinquantaine de morts sur deux mille trois cents cas aujourd'hui. Difficile de ne pas connaître l'évolution du virus en France ou dans le Monde, les médias n'ont que ça à la bouche. Les chaînes télé passent l'actualité en boucle, les papiers le titrent en gros à chaque tirage. Des courbes sont faites pour comparer avec la Chine ou les pays voisins, Italie et Espagne, qui sont désormais les plus touchés.

Les filles courent dans la maison en levant les bras au ciel, c'est jour de fête. Une semaine de répit depuis la fin des dernières vacances. Il va falloir les occuper pendant deux nouvelles semaines. Ça va être long. Très long. D'autant plus que les activités extra scolaires sont elles aussi suspendues. Il en reste encore une ou deux à faire résistance, mais au rythme où vont les mesures restrictives, il ne serait pas étonnant de voir la totalité des rassemblements annulés, quel que soit le nombre de personnes rattachées.

Yoann les regarde courir dans le salon, excitées comme des puces, hurlant comme des sauvages.

Regarde un peu tes filles, fait-il à sa femme.

Quoi, « mes » filles ? Je te signale que ce sont aussi les tiennes.

J'adorais l'école quand j'étais petit, je te l'ai toujours dit.

Chouette, plus d'école, chouette, plus d'école ! rigolent-elles en chantant.

Tu vois, ce sont les filles de leur mère.

C'est bon, quand elles pètent ou qu'elles rotent, je m'abstiens de dire que ce sont les filles de leur père.

Yoann rougit. Pourtant, il fait toujours attention à se contenir quand sa femme est là. Pudeur éducative.

Tu sais, une bouche, c'est bien aussi quand elle est fermée, ça évite de sortir des âneries, lui fait-elle avec un sourire radieux.

On va faire quoi, pendant deux semaines ?

Prendre son mal en patience et espérer qu'il n'y en ait pas d'autres qui se profilent par la suite.

D'autres semaines ? Tu rigoles, j'espère. Et comment vont faire les parents pour s'organiser ?

C'est bon, ça ne va pas non plus être dramatique.

Ouaiiissss, pas d'école, pas d'école, pas d'école !

Jeanne trébuche en tournant autour de la table, elle fait un vol plané, un verre qui est sur le rebord se fracasse sur le carrelage une fraction de seconde plus tard (sans dégât pour leur fille). Jeanne hurle, plus de peur que de mal. Louise se met à hurler de peur d'avoir fait une bêtise, vu qu'elle courait derrière sa sœur.

Les parents les regardent alors et soupirent.

En fait, si, ça va être terriblement long, deux semaines.

Il va falloir se poser et réfléchir. Aurore s'est proposée de les aider, elle aura du temps, elle aussi. Ils ne savent pas. Ce n'est pas à elle de s'occuper de ses sœurs, ils ne peuvent pas le lui imposer.

Vous ne m'imposez rien, leur dit-elle, je vous le propose.

Aussi bien, le gouvernement nous annoncera un confinement total dans quelques jours, rigolent-ils. Avec interdiction de sortir.

Silence. Oui, si ça se trouve... Comme en Chine. Comme en Italie. Comme en Espagne.

C'est impossible ! s'exclame alors Aurore. Ce n'est pas démocratique. La démocratie, c'est la liberté de se côtoyer. Ce serait bafouer nos droits.

La constitution le permet. La loi fixe les règles, des mesures d'urgence peuvent être prises. Si l'Assemblée Nationale adopte le projet de loi, nous ne pouvons faire autrement que de nous y tenir.

Alors ce n'est plus une démocratie, s'insurge Aurore, c'est une dictature !

– L’état d'urgence peut le justifier.

– Personne ne peut l'accepter. En vertu de quoi ? Pour l'instant, il n'y a aucune certitude, seulement des hypothèses. En Chine, il n'y a pas eu plus de morts qu'une épidémie saisonnière. Les médecins s'entendent pour dire qu'avec des précautions d'hygiène, il n'y a aucune raison qu'il se propage davantage, ni ne fasse plus de mort que la grippe.



vendredi 8 mai 2020

Confinement: page 43

[...]

Et c'est bien entendu au trente-et-unième jour (nous venions de passer en mai) qu'il est réapparu. Curieux hasard, j'étais assise à la même table, une première depuis notre première. J'étais concentrée sur des histoires de flux externes, d'échanges commerciaux, de chiffres à donner le vertige. Je ne l'avais pas entendu s'approcher, il dut s'y reprendre à deux fois pour me faire lever la tête.

Cette place est libre ? m'avait-il demandé. Il m'avait prise de court, dans ma tête, tous ces scripts à la même issue avaient défilé en une fraction de seconde, juste le temps de lui répondre que non, avant de replonger la tête dans mes feuilles.

Il avait soulevé la chaise avec délicatesse, et j'avais de nouveau aimé cette courtoisie avec l'objet, je me suis dit que j'aimerais être à la place de la chaise, manipulée avec prévenance. J'ai eu du mal à me concentrer, pourtant je suis restée à mes cours, mais cette fois-ci, j'étais aux aguets, et lorsqu'il s'est levé, une heure plus tard, avec toujours autant d'attention, j'ai levé la main, j'ai soutenu son regard, puis, avec l'esquisse d'un sourire, je lui ai proposé de m'accompagner pour un café. Le soir, il m'accompagnait chez moi, le mois suivant, il s'y installait, et ce fut le début de notre histoire d'amour. Soldée par un mariage, une première naissance un an plus tard, oui, je n''avais traîné, lui non plus, un étonnement pour nous deux, encore jeunes, déjà parents alors que nous voulions prendre notre temps. Surtout pour moi. Je n'étais pas pressée d'être enceinte, je ne savais même pas si j'avais envie d'être mère. L'idée de voir mon corps se déformer me rebutait, je ne me sentais pas l'âme maternelle. Connaissant mes difficultés relationnelles avec mes parents, j'étais réticente. La grossesse fut une surprise, une sorte de miracle, si on peut le qualifier de la sorte.

Malgré la prise de la pilule, un spermatozoïde trouva l'ovule et neuf mois plus tard, j'accouchais, non pas d'un, mais de deux bébés. Nous n'avions pas fait les choses à moitié. Deux fois plus d'emmerdements pour commencer la vie de famille, nous ne pouvions rêver mieux.

Bientôt, les journaux s'emparèrent du nouveau virus pour en faire leur une, pour vendre leurs papiers, parce qu'il fallait du tape à l’œil, de la nouveauté, de l'insolite, de l'impensable. Il était dans toutes les bouches

C'était d'abord celui des homos, les premiers touchés, les premiers dénoncés. On ne parlait pas de précautions à prendre, c'était un problème de mœurs, et bien fait pour ceux qui profanaient la morale, qui trahissaient l'étique au profit de relations douteuses. Il fallait qu'ils paient leur déviance. La maladie eut rapidement un mot : le Sida.

Les petits sont devenus grands, ils sont partis de la maison, Michel les a suivis, et alors que le Sida a fait plus de trente millions de morts dans le monde, soixante quinze millions de contaminés, voilà que le nouveau virus bouscule son homologue et le fait tomber aux oubliettes.

Il est sur les trottoirs, les balustrades, les toboggans. Il traîne sur les tables, à la boulangerie, au supermarché, dans la rue. Je vois des gens qui n'osent plus s'approcher, les gants et les masques fleurissent sur les main et devant le visage.


*


Ouaiiissss !

Jeanne, ce n'est pas marrant, tu sais. Tu imagines ce que ça va être, deux semaines sans école ?

Ouaiiissss !

Au tour de Louise de lever les bras. Les parents abandonnent l'idée de les raisonner tout de suite. Ils imaginent surtout ce que ça va être pour eux, deux semaines sans école. La décision les a pris de court, non pas qu'ils ne s'y attendaient pas, la Chine était engluée dans un confinement total depuis deux mois. L'Italie avait pris des mesures draconiennes avec l'arrêt des écoles, l'annulation des spectacles et événements sportifs en début de mois. Il aurait été étonnant que la France agisse différemment.