vendredi 12 octobre 2012

Euh, vous avez vu mes clés ?...


Il y a mauvais temps et mauvais temps. C’est un peu comme le sketch des Inconnus, entre le bon chasseur et le mauvais chasseur.
La pluie, c’est tout comme. Il y a la pluie qui fait des gouttes, qui tombe du ciel et qui mouille. Et puis il y a l’autre. Celle qui fait des gouttes, qui tombe du ciel, et qui mouille. Sauf que la deuxième, si vous avez le malheur de vous prendre une goutte, vous avez de grandes chances de finir noyé.
Dehors, c’est un peu ce qu’il passait. On ne pouvait pas appeler ça de la pluie. C’était tout simplement le déluge. La fin du monde. D’ici peu, on n’allait pas tarder à voir un descendant de Noé passer avec sa ribambelle d’animaux dans les rues des villes. Ce n’était qu’une question d’heures.
Je restais campé derrière ma fenêtre, attendant de voir la sortie du messie. Et soudain, le miracle est arrivé. Bah non, pas Noé.
Il s’est juste arrêté de pleuvoir.
Là, en face de moi, une trouée dans le ciel. Elle n’était pas énorme, mais juste ce qu’il fallait pour comprendre qu’il y aurait une petite accalmie. C’était une certitude. Par contre, s’il y avait une incertitude, celle-ci était de taille : la durée de l’accalmie. Au nez, je misais sur trois heures. J’aurais presque été prêt à prendre un pari, si autour de moi il y avait eu quelqu’un avec qui parier.
Il fallait que je profite de l’aubaine. Depuis une semaine, je n’avais pas pu mettre un pied au-dehors. J’avais besoin d’un peu d’air, de paysage, d’espace, de liberté. N’y tenant plus, je suis allé dénicher une paire de chaussures, j’ai enfilé à la va-vite une tenue de sportif, et je suis sorti.
Au moment de partir, je me suis rendu compte que j’avais oublié de fermer la porte à clef. Je me suis empressé de retourner à l’intérieur chercher mes clés. Normalement, je les pose sur le crochet, juste à gauche de la porte d’entrée. Sauf qu’elles n’y étaient pas. Peut-être parce que le « normalement », c’était plutôt une fois de temps en temps.
Des « normalement », j’en avais plein. Il y avait les classiques : la table de la cuisine, la table basse, la plaque du four, les bords de l’évier. Et puis les insolites : les toilettes, l’intérieur du four, le frigo, parfois même, la poubelle.
Je les ai tous fait, sans succès. Toujours aucun signe de mes foutues clés. J’ai essayé de les siffler, m’attendant presque à les voir arriver au galop, toutes guillerettes qu’elles étaient.
Rien.
Un coup d’œil à ma montre, j’avais déjà perdu vingt bonnes minutes. Dehors, la percée était toujours d’actualité, on apercevait même un rayon de soleil.
J’ai retourné les placards alimentaires. Fouillé dans le lave-vaisselle –ah non, je n’avais pas de lave-vaisselle–, vidé le bac à légumes, inspecté le receveur des toilettes. On ne sait jamais, il paraît qu’il y en a qui font tomber leur téléphone portable dedans.
Toujours rien. Et le temps, lui, défilait toujours.
Alors aux grands maux, les grands remèdes. J’ai défait mon lit, retourné ma chambre, vidé le contenu de mes étagères, mis la cave à nu, trié dans mon courrier. J’ai tout fait, tout.
Un coup d’œil à ma montre, j’étais dans mes recherches infructueuses depuis déjà trois heures. Un coup d’œil à mon appartement, c’était Tchernobyl. Tout était sens dessus dessous, il y avait des assiettes cassées, une étagère branlante, une fenêtre fissurée. De rage, j’ai donné un coup de pied par terre.
« Cling ».
Pardon ?
Lentement, très lentement, j’ai palpé la poche de mon short.
J’ai sorti une clé et une pièce de un centime.
Ce n’était pas une clé, mais LA clé.
Je me suis alors précipité dans le couloir, j’ai fermé la porte, et je suis sorti. A ce moment-là, il ne pleuvait pas. Pas encore. J’ai juste eu le temps de lever la tête au ciel, et je me suis pris des trombes d’eau.
J’ai fait un pas en arrière, j’étais déjà trempé de la tête aux pieds. Je suis retourné chez moi, j’ai ouvert la porte en grand, j’ai vu tout le bazar qu’il y avait en face de moi.
J’ai attendu, ne sachant pas trop ce qu’il valait mieux : finir noyé dehors ou étouffé par le capharnaüm qui régnait dedans.
J’ai repensé à mon pari, celui des trois heures. Je me suis mis à rire. Les nerfs qui lâchaient. Je suis rentré en claquant la porte derrière moi. Le choc de l’impact a fait tomber une lampe qui s’est brisée au sol.
Quelle journée de…
Et je reste poli.


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