dimanche 21 avril 2013

Une course en Norvège


J’ai longuement hésité. J’y vais, j’y vais pas. J’y vais pas, j’y vais…
Fin de saison, fatigue, manque de motivation, printemps… A vrai dire, je ne savais même plus trop quelles raisons pouvaient orienter ma décision en faveur du départ. La raison aurait voulu que face à cette balance dont tous les arguments penchaient à la faveur du non, je m’abstienne.
Il n’aurait pas été étonnant que je reste. Mais j’étais sensé être homme de paradoxe, et pour ne pas ternir une réputation dont j’avais eu un mal fou à me forger, je suis donc parti. Où ça ? Pour une course en Norvège, trois semaines après les dernières épreuves françaises. Le plus difficile était moralement. Ça impliquait de ne pas remiser tout de suite ses skis dans le placard, poursuivre quelques séances d’entraînement sur neige, par plus de vingt degrés, et se dire que j’allais encore en baver une nouvelle fois cette saison.
J’ai mis mes affaires dans la voiture et j’ai pris la direction de l’aéroport. Il y avait des bouchons dans Genève. Des travaux par-ci par-là, et j’ai failli louper l’avion. Le jeudi soir, j’atterrissais en Norvège, pas loin d’Oslo. Le lendemain, je loupais le train pour quelques minutes. J’avais trois heures de trajet pour rejoindre le site de course. J’ai donc opté pour le bus. Le bus a pris du retard, et j’ai loupé la correspondance pour les derniers cinquante kilomètres. Je me suis retrouvé à faire du stop, perdu au milieu de nulle part, la housse sur une épaule, le sac sur l’autre et l’estomac criant famine. Mais j’ai fini par arriver à bon port.
Le lendemain, nous devions, tous les concurrents, prendre un train qui devait nous amener au départ. Il y a eu une panne d’une heure, et nous avons donc loupé le train que nous devions prendre. Même si le départ a été décalé, il s’en est fallu de peu pour qu’on le loupe. Mais je l’ai eu. On l’a eu. Finalement, j’ai commencé à me demander si, dans l’enchaînement malheureux des événements, je n’avais pas une certaine part de chance, vu que j’arrivais toujours à avoir ce pour quoi j’étais là.
On a fait la course, j’ai pris un mauvais départ, et j’ai loupé le wagon de tête. J’ai néanmoins réussi à le rattraper, et au fil des kilomètres, on s’est retrouvé à trois pour jouer le podium. Trois bonhomme pour trois places, ça tombait bien. Je me suis battu jusqu’au bout, mais j’ai terminé deuxième. Deuxième, c’était pas mal, j’étais fatigué, content de moi, je venais de clore une belle saison.
–T’aurais pu gagner, non ? m’a-t-on fait au retour.
Je n’ai pas compris la remarque. Deuxième, ça restait une jolie place. J’avais terminé à quelques secondes du vainqueur.
En fait, j’avais loupé la Subaru.
Oui, il y avait une Subaru pour le vainqueur. En rentrant, ma vieille 106 m’attendait sur le parking. Je suis quelqu’un de fidèle. Et puis, je l’avais depuis tant d’années, ma vieille titine. Qu’est-ce que j’aurais fait d’une Subaru rutilante, brillante, toute neuve ?
J’ai mis le contact, le moteur a toussé et s’est étouffé. Un gros nuage de fumée est sorti du pot d’échappement. Ensuite, plus rien. Je suis resté en plan sur le parking.
Oui, j’ai loupé la Subaru…

4 commentaires:

  1. Ca c'est sûr qu'elle aurait été bien triste la vie sans Titine la romantique... Ah, le coup de la panne, combien de fois nous l'a-t-elle fait ? Et avec elle, chaque jour c'est l'aventure ! Va t-elle démarrer ? Les freins vont-ils tenir dans la descente ? Ne va-t-on pas passer à travers le plancher rouillé ? Non, vraiment la vie aurait été bien triste sans Titine... Mais, bououououououh, pourquoi t'as pas gagné la Subaru !!!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pffffffffffffff, si ça c'est pas être superficielle ;o) Entre une Subaru et une Titine puzzle, le choix est vite fait normalement!!!

      Supprimer
  2. Qui veut voyager loin ménage sa monture. Certaine que si Titine avait été du voyage, elle ne serait pas tombée en panne, il n'y aurait pas eu de retards, etc... Peux t-on encore se fier aux trains, aux bus après ça?? Et puis, de voir une Sub dans le garage, elle n'aurait pas aimé, tu as évité les crises de jalousie! J'espère qu'il y avait quand même un abonnement chez le garagiste du coin pour la seconde place...?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Si même les Titines deviennent jalouses, on n'est pas sorti de l'auberge!!!
      Oui, abonnement au garagiste... norvégien. Après, reste si ça vaut le coup de faire trois mille bornes pour une vidange ;o)

      Supprimer