samedi 29 juin 2013

Toutes les belles histoires ont une fin...

Je l'aimais...
Un complice qui avait survécu au passage des années, aux sévices du temps. C'était mon pote, mon copain, mon héros, mon fidèle destrier qui m'accompagnait dans toutes mes tournées, dans mes randonnées les plus folles, dans mes périples d'aventurier. Il ne se plaignait jamais, se contentait de grimacer quand, de mon côté, je serrais les dents pour ne pas flancher. Il était vieux de la vieille, les vitesses à l'ancienne, accrochées au cadre. L'âge l'avait rendu un peu cagneux, grinçant. Certes, il faisait grise mine face aux jeunes, en me voyant à ses côtés, j'avais droit à quelques médisances de la part de mes concitoyens. L'habit ne fait pas le moine, me disais-je alors lors de mes infinies balades dans les contrées lointaines. J'imaginais que nous vieillirions ensemble, nous remémorant au coin du feux nos fabuleuses épopées, riant de nos anecdotes désopilantes.
Ah, nous en avons vécu, de belles aventures... Nous en avons vécu de belles, tous les deux. Hein, mon grand ami ! Il y avait cette fois où nous sommes partis à l'autre bout de la France. On rigolait, cheveux au vent, avançant sans nous soucier de rien. Avec toi, je n'ai que des bons souvenirs. Comme cet orage survenu au milieu de nulle part, où nous avons dû nous abriter sous le auvent d'une vieille ferme, dans le Périgord. Et puis cette fois, où nous sommes arrivés au beau milieu de la nuit, après une interminable montée dans l'un de ces immenses cols. J'avais les jambes tremblantes de fatigue et...
Ah tiens, c'est curieux, j'avais oublié ce passage. Un peu moins drôle. C'était un peu de ta faute, tu m'y avais embarqué de force. Mais passons. Te rappelles-tu cette rencontre dans cette vieille ferme, avalant un verre de gnôle d'un cul sec, parce que...
…j'avais le coude en sang, le regard vitreux. Tu m'avais mis à terre et... et...
Je... Je disais quoi déjà ?... Je parlais d'amitié. De bons souvenirs. Des quatre cents coups que nous avions faits tous les deux. De cette fois où nous avons rigolé, avec l'infirmière. Elle nous racontait quelques blagues pour canaliser mon attention, pendant qu'elle enlevait les morceaux de gravier et de goudron incrustés dans ma plaie. C'était pourquoi déjà ? Ah oui, ça me revient. Tu m'avais mis à terre dans un virage, alors que nous étions à quatre-vingts à l'heure.
Et je... Euh...
Tiens, et cette fois où tu m'as mis des ampoules plein les mains, hein ?! Tu t'en souviens de ça ?! Et puis mes fesses en compote, par ta faute, parce que tu m'as emmené faire des tours et des détours, que tu nous as perdus dans l'une de ces routes forestières. Et puis la fois où tu m'as joué le coup de la panne. Je peux te dire que ça ne m'a pas fait rire. Mais alors pas du tout. Super, hein, les bons moments. Le vent de face dans les plaines de Bourgogne. Et la fois où tu as crevé alors qu'on venait de partir, alors là, c'était le summum. Lamentable. Pitoyable.

Quel dommage. Hier, tu as rendu l'âme. Et c'est...


Et je reste poli !


4 commentaires:

  1. Je ne pensais pas qu'il puisse rendre son dernier souffle celui là... enfin, son dernier tour de roue devrais-je plutôt dire. Quelle tristesse de devoir dire un dernier au revoir à un ami aussi fidèle. Toutes mes condoléances cousin !

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    1. M'en parle pas! Pas encore pu me résoudre à l'envoyer à la presse. Mais il me reste le plus dur: trouver son remplaçant.

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  2. Toujours aussi drôles ces petits billets illustrés !
    Au plaisir de continuer à les lire !
    David, cyclo-skieur jurassien.

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    1. Heureusement qu'il m'arrive quelques petites pour en faire des histories! Bon, le vélo, j'avoue, je m'en serais bien passé. Mais les vieux cadres (euh... près de vingt cinq ans?) finissent malheureusement par rendre l'âme un jour ou l'autre. Dommage que les vélos ne tombent pas du ciel en paquets cadeaux...

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