lundi 30 mars 2015

Le calvaire

Il y a quelques années, j'avais écrit un joli texte sur le calvaire de Mégève. J'ai pratiquement tout oublié du texte, et bien que la religion et moi, ça fasse trois, je me souviens vaguement de Jésus, des quatorze stations du chemin de Croix, du Crucifix...
Ce week-end, skis aux pieds et dossard sur le dos, j'étais donc à des lieues de la bible et de tout le reste, je pensais surtout à la manière de rallier au plus vite le départ à l'arrivée. Mais rien ne s'est déroulé comme prévu.
Première épreuve: le vendredi, que mettre sous les skis pour glisser ?  Dernier sénior fidèle au comité de ski du Mont Blanc (ils ont tous déserté!), je me suis débrouillé un peu comme je pouvais pour préparer mes skis en vue de la deuxième épreuve: le sprint. KO dès le premier round, sans réussir à passer le stade de la qualification.
Pour la troisième, il a fallu attendre le lendemain, lors de la course intitulée "poursuite". A savoir quelle technique choisir, et l'éternel débat: poussée, pas poussée...
Bien entendu, j'ai fait le mauvais choix, d'où la quatrième épreuve: la galère.
Vous couplez ça avec la mauvaise forme du jour, la neige difficile à skier, le mauvais temps, on arrive aux numéros cinq, six et sept. On peut rajouter un mal de gorge pour le huit, des crampes (chose extraordinaire, les crampes arrivent généralement au bout de plusieurs heures de course, mais là, elles pointaient déjà le bout de leur nez après trente minutes d'effort) pour le neuf. Le dix pour mon poumon perdu en cours de route, le onze pour le ridicule, le douze pour le côté interminable de la course, le treize pour ma technique qui laissait à désirer, et le quatorze, c'est simplement le constat:
J'ai été nul. Supernul. Le championnul de France.
Bah ouais, quoi, ça peut arriver à tout le monde!

Malheureusement, depuis hier, on n'arrête pas de me le rappeler à la maison. Tout le monde se moque. Pffffff, même Eléa s'y met.

video


 Aucun respect pour les anciens.



mardi 24 mars 2015

Birkebeinerrennet

Mon sac était là, en face de moi
A vrai dire, je ne savais pas s'il fallait mettre la hache ou pas à l'intérieur. Bah oui, on allait encore faire une course de bûcherons, en Norvège. Dix huit mille tailleurs de pins au départ, pensez bien, nous, petits français, on faisait un peu office de gringalets, tout juste bons à tailler des haies. Mais il en fallait bien plus pour nous effrayer.
Arrivés sur place, on a vidé jusqu'au dernier centime du fond de nos poches pour pouvoir nous payer un logement. Pour le prix d'un cinq étoiles en France, là-bas, on a tout juste eu droit à une cabane dans la forêt. Après avoir récupéré nos dossard, le plus dur restait encore à faire : lester nos sacs. Pour la petite histoire, la Birkebeiner, cette fameuse course en style classique que nous allions faire, se court avec un sac d'au moins trois kilos et demie. J'aurais bien pris ma petite Eléa, mais je ne suis pas sûr qu'à son âge, elle aurait apprécié d'être ballottée dans tous les sens pendant plus de deux heures. Adrien avait prévu le coup, il avait emporté des petits sacs de plomb dans ses bagages. Quant à moi, j'ai écumé les bords de rivière pour remplir des poches de sable. Pas évident quand il y a un mètre de neige sur les côtés.
Le matin de la course, il a fallu se lever aux aurores. Les vikings avaient prévu un départ à 8 heures. J'imagine qu'ils voulaient tester notre ténacité. Pffff, de toute façon, avec la poulette à la maison, j'étais déjà dans le bain. Si par malheur j'avais choisi de m'offrir une grasse mat chez moi, elle me rappelait régulièrement à l'ordre en fin de nuit.
A six heures, Adrien et moi étions fin prêts. Steph, fidèle à ses habitudes, n'avait pas dormi de la nuit. A sept heures, tout ce petit monde s'en est allé tester les skis, histoire de dire. On a débarqué dans un fourmillement d'athlètes et de techniciens. Dire qu'on se sentait minuscule au milieu de cette foule était un doux euphémisme. Il y en avait partout, on se serait cru dans une fourmilière. On a passé dix minutes à essayer de voir ce que les autres avaient sous les skis. Du fart ? Pas de fart ? (Petite précision pour les néophytes, aujourd'hui, une grosse partie des concurrents font désormais ce genre de courses uniquement en poussée, sur les bras). En allant rejoindre la ligne de départ, nous n'étions toujours pas très avancés. On a donc joué à pile ou face et on est parti... avec du fart.
54 bornes dans la steppe Norvégienne, au milieu de tous ces autochtones. Au bout de deux heures trente, le dos lacéré par le sac, on a réussi à rallier l'arrivée. Sans ravitaillement en ce qui me concerne. Le camelback gelé et mes barres de céréales éparpillées aux quatre coins de la piste. Je les avais coincées dans mes manches et dans la ceinture de ma combinaison, mais elles se sont fait la malle dès qu'elles ont pu.

Au final, une 28ème place pour moi. Pourtant, c'était pas faute d'avoir le couteau entre les dents. La prochaine fois, je prendrai la hache, ça marchera probablement mieux.


dimanche 15 mars 2015

Marathon des glières 2015

Chaque année, je me dis qu'elle est pour moi. Depuis quelques semaines, on me dit aussi que celle-là, elle sera pour moi.
Chaque année, je termine au sprint, parfois je joue de malchance, mais chaque année, quoi qu'il en soit, elle me passe sous le nez. Pourtant, à force de la faire, je la connais, en plus, je joue presque à domicile, désormais. Et qui plus est, je vois ce joli VTT qui me tend les bras, ou plutôt le guidon. Je l'entends presque susurrer: "viens, mon Benoît, viens donc là m'enfourcher".
Mais non, cette année, ça n'a pas voulu sourire non plus. Encore un sprint perdu aux Glières. Alors je trouve tous les prétextes du monde. Je me dis que cette année, c'était la 29ème édition, et que vu que l'année prochaine sera la 30ème, ça sera mieux. Ce sera une date anniversaire, en plus, j'ai toujours bien aimé le chiffre trois (sauf sur les podiums, je préfère bien entendu le 1, même si le 2 me colle parfois à la peau).
Et puis, et puis il n'y avait pas assez de soleil cette année. Non, je préfère une victoire lumineuse, sans discussion possible. Et puis de toute façon, le VTT, cette année, je n'aurais pas su ou le mettre. Pas de place dans la voiture pour le ramener, pas non plus dans le garage. Il faudrait que je fasse un abri de jardin pour l'entreposer, donc non, ça ne pouvait pas faire.
Voilà, cette année encore, je n'ai pas gagné. Tant mieux, à défaut d'y arriver, ça me fait philosopher.
De toute façon, vaut mieux en rire qu'en pleurer...




mardi 3 mars 2015

Bieg Piastow,

Pendant quelques minutes, c'est le silence, juste le vrombissement de la voiture qui avale rapidement les kilomètres de l'autoroute. J'imagine que chacun est perdu dans ses pensées. Steph se demande sûrement comment va être la neige là-haut pour savoir quoi farter. Bastien, lui, son dada, c'est la mécanique, alors il doit probablement rêver au magnifique quatre quatre loué pour le trajet après l'aéroport. Côté Adrien, c'est ce qui va être dans son assiette, il aime bien la nourriture locale. Et moi, comme d'habitude, je ne pense qu'à ce que mon cerveau me permet, c'est à dire pas grand-chose.
Oui, on est tous sagement installés, et on se dirige tranquillement vers l'aéroport de Lyon. Avion pour Francfort. Changement de terminal, transfert pour Prague. Puis road trip jusqu'à la frontière Polonaise. Jusque là, tout va bien, d'autant plus que toute la logistique, c'est moi qui l'ai gérée.
Aucun risque qu'on rencontre des imprévus. Je le pense très fort à ce moment, et finalement, en observant bien mes camarades, je crois que dans ce saint moment de silence, chacun a une seule et même idée en tête : c'est un peu de la folie de me confier l'organisation d'un voyage, il y a une chance sur dix que tout se déroule sans encombre.
Bizarrement, malgré le peu de temps entre les transferts d'avion, le trajet s'est déroulé sans encombre. Adrien a juste laissé à la douane son gâteau de semoule préparé minutieusement à 6 heures du matin. A Prague, pendant que nous attendions les bagages sur le tapis roulant, Steph est allé chercher la voiture. On a bien rigolé lorsqu'il s'est pointé avec l'équivalent d'une Twingo. Heureusement, il y avait les barres de toit. De toute façon, il n'y avait pas d'autres voitures disponibles.
Calés comme des sardines à l'intérieur avec les housses chargées sur le toit, on a filé en direction d'Harrachov, petit bled à deux pas de la frontière Polonaise. C'est sur la route qu'on a appris que l'agence de location nous avait en plus escroqué de deux cents Euros. Steph avait payé sans se méfier, mais après coup, en faisant la conversion de la monnaie locale, on a compris l'arnaque. Lorsque le GPS thèque nous a emmené dans le centre de Prague en nous faisant croire que c'était la route la plus rapide, on a commencé à se méfier encore un peu plus. Surtout lorsqu'il nous a fait passer dans la plus grande rue marchande de la capitale.
Vint ensuite Harrachov et son hôtel trois étoiles. Lors de la réservation, j'avais vu qu'il y avait un restaurant, une salle de ski et tout le tintouin.
Sauf qu'en arrivant, le réceptionniste nous a annoncé qu'il était impossible de préparer les skis dans la salle prévue à cet effet, à cause des odeurs. On n'a pas trop compris, d'autant plus qu'à l'intérieur des couloirs, certains clients fumaient comme des pompiers. On a essayé de ne pas trop s'énerver, et on s'est dit qu'un bon repas nous apaiserait.
Dans le resto, le serveur-chef-cuisto nous a tendu la carte en nous amenant quatre verres remplis d'une eau douteuse qui virait au jaune. Il y avait pas mal de plats, sur le menu, mais il nous a fait comprendre que l'on avait le choix qu'entre des frites, des frites, ou encore des frites.
Bon, bah on a pris des frites. Avalant avec nonchalance les bouts de carton qui ressemblaient à des frites, un autre groupe de clients est arrivé. A eux, on leur a servi du riz, de la soupe, de la purée de pommes de terre et tout un tas de plats locaux.
On n'a pas bien compris... On l'a d'ailleurs fait remarquer au serveur.
-Ne, ne (non, non) qu'il nous a fait. En secouant la main devant nous et en baragouinant autre chose dans son double menton, genre c'est bon, mes cocos, commencez pas, mangez vos frites et mêlez vous de ce qui vous regarde.
On est resté calme. Le lendemain, on est arrivé sur le site de course pour tester le matériel. Dans ce genre d'événements, l'organisation trouve une salle pour les Team. Là, elle n'avait rien pour nous. Bah non, tout était déjà mis à disposition des coureurs locaux. En insistant vivement, bons princes, ils ont fini par nous prêter un bout de couloir.
Respirer profondément. Inspirer avec le haut du corps, expirer, ne pas s'énerver...
Une fois le matériel préparé, on a filé en direction de la piste pour tester les skis.
A quelques mètres de la piste, un type en uniforme, les bras écartés.
-Ne, ne.
De quoi, ne, ne ?!!!
Éberlués, on a regardé notre lascar qui ne voulait pas nous laisser passer. On a essayé dix mètres plus loin. Un autre gars, dans le même costume, avec moustache. Bras écartés.
-Ne, ne.
On a écumé tous les bords de piste sur un kilomètre, se faisant rabrouer de partout. Adrien a même essayé de faire diversion, jouant l'homme résolu, mine basse, puis se mettant à le contourner rapidement pour essayer d'aller sur la piste. Le type lui a couru après. La scène était digne de Benny Hill, et nous, on était plié en deux, riant aux larmes. J'imagine que c'était aussi un peu nerveux.
Il a fallu qu'on trouve une carte IGN du parcours pour savoir où se situaient les grosses difficultés. Manque de bol, il n'y avait même pas d'échelle sur la carte.

On s'est juré plusieurs fois qu'on ne nous y reprendrait plus. Que la course, elle ne serait pas près de nous revoir. Voilà un peu le résumé de notre séjour, ça a continué jusqu'au lendemain. On a fait notre course comme on a pu, une course pas trop mal, pour finir, avec les trois gars dans le top 10. Steph s'est perdu au milieu de la forêt en voulant nous ravitailler, de la neige jusqu'aux genoux.
Le soir, de retour sur notre bon vieux territoire français, on avait déjà en tête l'édition 2016. Bien sûr, on allait revenir. Parce que sincèrement, même si toute cette organisation laissait à désirer, qu'est-ce qu'on avait rigolé !