mardi 3 mars 2015

Bieg Piastow,

Pendant quelques minutes, c'est le silence, juste le vrombissement de la voiture qui avale rapidement les kilomètres de l'autoroute. J'imagine que chacun est perdu dans ses pensées. Steph se demande sûrement comment va être la neige là-haut pour savoir quoi farter. Bastien, lui, son dada, c'est la mécanique, alors il doit probablement rêver au magnifique quatre quatre loué pour le trajet après l'aéroport. Côté Adrien, c'est ce qui va être dans son assiette, il aime bien la nourriture locale. Et moi, comme d'habitude, je ne pense qu'à ce que mon cerveau me permet, c'est à dire pas grand-chose.
Oui, on est tous sagement installés, et on se dirige tranquillement vers l'aéroport de Lyon. Avion pour Francfort. Changement de terminal, transfert pour Prague. Puis road trip jusqu'à la frontière Polonaise. Jusque là, tout va bien, d'autant plus que toute la logistique, c'est moi qui l'ai gérée.
Aucun risque qu'on rencontre des imprévus. Je le pense très fort à ce moment, et finalement, en observant bien mes camarades, je crois que dans ce saint moment de silence, chacun a une seule et même idée en tête : c'est un peu de la folie de me confier l'organisation d'un voyage, il y a une chance sur dix que tout se déroule sans encombre.
Bizarrement, malgré le peu de temps entre les transferts d'avion, le trajet s'est déroulé sans encombre. Adrien a juste laissé à la douane son gâteau de semoule préparé minutieusement à 6 heures du matin. A Prague, pendant que nous attendions les bagages sur le tapis roulant, Steph est allé chercher la voiture. On a bien rigolé lorsqu'il s'est pointé avec l'équivalent d'une Twingo. Heureusement, il y avait les barres de toit. De toute façon, il n'y avait pas d'autres voitures disponibles.
Calés comme des sardines à l'intérieur avec les housses chargées sur le toit, on a filé en direction d'Harrachov, petit bled à deux pas de la frontière Polonaise. C'est sur la route qu'on a appris que l'agence de location nous avait en plus escroqué de deux cents Euros. Steph avait payé sans se méfier, mais après coup, en faisant la conversion de la monnaie locale, on a compris l'arnaque. Lorsque le GPS thèque nous a emmené dans le centre de Prague en nous faisant croire que c'était la route la plus rapide, on a commencé à se méfier encore un peu plus. Surtout lorsqu'il nous a fait passer dans la plus grande rue marchande de la capitale.
Vint ensuite Harrachov et son hôtel trois étoiles. Lors de la réservation, j'avais vu qu'il y avait un restaurant, une salle de ski et tout le tintouin.
Sauf qu'en arrivant, le réceptionniste nous a annoncé qu'il était impossible de préparer les skis dans la salle prévue à cet effet, à cause des odeurs. On n'a pas trop compris, d'autant plus qu'à l'intérieur des couloirs, certains clients fumaient comme des pompiers. On a essayé de ne pas trop s'énerver, et on s'est dit qu'un bon repas nous apaiserait.
Dans le resto, le serveur-chef-cuisto nous a tendu la carte en nous amenant quatre verres remplis d'une eau douteuse qui virait au jaune. Il y avait pas mal de plats, sur le menu, mais il nous a fait comprendre que l'on avait le choix qu'entre des frites, des frites, ou encore des frites.
Bon, bah on a pris des frites. Avalant avec nonchalance les bouts de carton qui ressemblaient à des frites, un autre groupe de clients est arrivé. A eux, on leur a servi du riz, de la soupe, de la purée de pommes de terre et tout un tas de plats locaux.
On n'a pas bien compris... On l'a d'ailleurs fait remarquer au serveur.
-Ne, ne (non, non) qu'il nous a fait. En secouant la main devant nous et en baragouinant autre chose dans son double menton, genre c'est bon, mes cocos, commencez pas, mangez vos frites et mêlez vous de ce qui vous regarde.
On est resté calme. Le lendemain, on est arrivé sur le site de course pour tester le matériel. Dans ce genre d'événements, l'organisation trouve une salle pour les Team. Là, elle n'avait rien pour nous. Bah non, tout était déjà mis à disposition des coureurs locaux. En insistant vivement, bons princes, ils ont fini par nous prêter un bout de couloir.
Respirer profondément. Inspirer avec le haut du corps, expirer, ne pas s'énerver...
Une fois le matériel préparé, on a filé en direction de la piste pour tester les skis.
A quelques mètres de la piste, un type en uniforme, les bras écartés.
-Ne, ne.
De quoi, ne, ne ?!!!
Éberlués, on a regardé notre lascar qui ne voulait pas nous laisser passer. On a essayé dix mètres plus loin. Un autre gars, dans le même costume, avec moustache. Bras écartés.
-Ne, ne.
On a écumé tous les bords de piste sur un kilomètre, se faisant rabrouer de partout. Adrien a même essayé de faire diversion, jouant l'homme résolu, mine basse, puis se mettant à le contourner rapidement pour essayer d'aller sur la piste. Le type lui a couru après. La scène était digne de Benny Hill, et nous, on était plié en deux, riant aux larmes. J'imagine que c'était aussi un peu nerveux.
Il a fallu qu'on trouve une carte IGN du parcours pour savoir où se situaient les grosses difficultés. Manque de bol, il n'y avait même pas d'échelle sur la carte.

On s'est juré plusieurs fois qu'on ne nous y reprendrait plus. Que la course, elle ne serait pas près de nous revoir. Voilà un peu le résumé de notre séjour, ça a continué jusqu'au lendemain. On a fait notre course comme on a pu, une course pas trop mal, pour finir, avec les trois gars dans le top 10. Steph s'est perdu au milieu de la forêt en voulant nous ravitailler, de la neige jusqu'aux genoux.
Le soir, de retour sur notre bon vieux territoire français, on avait déjà en tête l'édition 2016. Bien sûr, on allait revenir. Parce que sincèrement, même si toute cette organisation laissait à désirer, qu'est-ce qu'on avait rigolé !


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