mardi 1 décembre 2015

Transjurassienne 2016 ou comment faire l'amour à Mouthe

Je sais, ça vous avait manqué. Mais je n'ai pas abandonné la plume. La preuve: un petit texte concocté pour la Transjurassienne 2016:


BenoitChauvet



On m’en parle depuis bien longtemps. A vrai dire, depuis cette première fois où mes pieds sont montés sur des skis. A l’époque, je soupçonnais quelque second degré là-derrière, mais en voyant l’aplomb de chaque skieur m’annonçant cela, avec sérieux, les yeux rêveurs et émus, j’ai pensé qu’effectivement, il ne pouvait y avoir parole plus sincère.

Malgré cela, je pensais être un peu jeune, et mes oreilles bien chastes en furent par la suite plutôt choquées. A force de l’entendre, j’en devins presque traumatisé.

« Faire l’amour à Mouthe ! » Ils n’avaient que ça à la bouche, ces adultes. Que de toute façon, tout skieur digne de ce nom le faisait. Que c’était une expérience inoubliable, magique, intemporelle, et que si je prenais du plaisir, je pourrais la réitérer les années suivantes, que cela était pratique courante.

J’étais choqué, au niveau vingt de magnitude sur l’échelle de Richter. Le fait de l’entendre de toutes les bouches me faisait penser à ces orgies pratiquées à l’époque des rois Louis affublés de ce X douteux. Même ce VercingétoriX, en y repensant, n’avait plus, à mes yeux, ce costume de héros dont je l’avais revêtu dans mon enfance. Fan de BD, je n’étais plus capable d’ouvrir mes tomes d’AstériX et ObéliX, ayant peur de voir surgir à chaque page quelques dessins équivoques.

Mettant cela de côté, j’ai voulu croire que Mouthe était un lointain sosie de Pigalle. J’y aurais trouvé un mince réconfort. Mais pensez bien, perdue dans les tréfonds du Doubs, Mouthe ne dépassait pas le millier d’habitants, n’avait pas la moindre copie du Moulin Rouge, et j’imaginais bien mal que les quelques hôtels s’y trouvant se transformaient en vastes maisons closes.

En creusant un peu l’affaire, j’ai découvert que Mouthe, fierté locale, s’enorgueillissait d’obtenir un bien grand record, celui de voir son mercure descendre plus bas que ce que le thermomètre pouvait accueillir. Alors pensez bien, faire l’amour à Mouthe, qui plus est en plein hiver, il y avait un truc qui ne tournait pas rond…

Puis à l’été 2014, une rumeur a commencé à circuler. « 69 ! » Dans les bouches, il n’était plus question que de ça. Les anciens essayaient de convaincre les jeunes. Que le 69 n’avait de sens que si tu faisais l’amour à Mouthe. Qu’il fallait bien entendu emmener sa copine le faire. J’étais complètement choqué. La perversion atteignait son comble. Certains disaient que l’histoire du 69 était bien réelle, mais que l’organisation avait caché les chiffres et qu’officiellement, elle avait choisi « 68 », un chiffre qui passait bien mieux auprès du Préfet.

Et tout à coup, en février dernier, sur la ligne de départ, à Lamoura… ça m’a sauté aux yeux. Mais oui, l’amour à Mouthe, c’est La Transjurassienne, tout simplement ! Alors moi aussi, tout ragaillardi, j’y suis retourné, tu parles !

Mais je me suis pris une belle branlée… Bon, ce n’est peut-être pas le terme adéquat… Je vais plutôt dire que je me suis pris une déculottée. Ah non, ça ne va pas non plus… Une fessée ? Une… une…

Enfin bon, j’ai fait Lamoura-Mouthe, quoi !


http://www.transorganisation.com/faire-lamour-a-mouthe-par-benoit-chauvet/

5 commentaires:

  1. toujours le sens de la plume affutée !
    un petit bonheur à chaque fois...comme l'amour à...

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  2. Merci Claude, je me régale aussi à les écrire et surtout à les faire lire!

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  3. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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