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mardi 31 mars 2020

Journal de con(s)fin(i)és


Hier, le président a annoncé un confinement général. Avec interdiction de sortir de chez soi. Un véritable défi, a-t-il expliqué, et pour le bien de tous, je vous demanderai de respecter ces mesures préventives, afin d'éviter la propagation du Virus.
A la maison, ça faisait longtemps qu'on n'avait pas eu un temps de repos, c'était l'occasion de nous retrouver. On a bien expliqué aux petits que demain, il n'y aurait pas école, alors il fallait faire la grasse matinée.

Au milieu de la nuit, mon mari s'est approché de moi. Sport de chambre, a-t-il fait avec un grand sourire, histoire de fêter notre jour de repos à venir.
J'ai trouvé l'idée sympa, ça m'a rappelé nos premières fois.

A l'aube, on a remis ça. « Un coup de jeune » m'a-t-il fait en riant.
Un coup tout court, ai-je pensé. J'ai laissé faire, pour le côté nostalgique, des fois, ça fait du bien de se retrouver comme à nos vingt ans.
On s'est rendormi.

Le réveil indique 6h30, les enfants viennent sauter dans notre lit. Super, on n'a pas école ! braillent-ils en boucle. La grasse matinée, on avait dit, les enfants...
Alors on s'est levé, avant les horaires classiques d'école. A sept heures, le petit déj est bouclé. Les enfants poussent leur chansonnette en courant dans tous les sens On n'a pas école, on n'a pas école !...
Je leur explique qu'il y aura quand-même des devoirs à faire à la maison. Ça sera vite fait, d'autant plus qu'avec la maîtresse, ce n'est pas évident. On a été convoqués la semaine dernière, soi-disant que nos enfants ne sont pas studieux. On lui a répondu qu'elle devait mal s'y prendre.

A 9 heures, les enfants sont au bain. C'est le jour du changement. D'habitude, on leur fait prendre le soir à la va-vite. Là au moins, ils en profitent.
Mon mari me fait un clin d’œil et me dit que pendant ce temps, on peut s'octroyer un petit plaisir. Je ne lui dis pas non. Je me dis que c'est le changement, le confinement, que ça doit le travailler, mais je regrette déjà l'idée du bain.

Une heure plus tard, je pense que le mieux, c'est de faire les devoirs tout de suite, comme ça, on n'en parle plus pour le reste de la journée. C'est la première fois qu'ils doivent travailler à la maison, je trouve ça drôle. Il y a une chanson à apprendre, un peu d'histoire, et des mathématiques. Mon mari se propose de se muer en instituteur. Tu verras, en moins de cinq minutes, ce sera terminé.

L'horloge sonne onze fois. Il jette l'éponge. Il me dit que la maîtresse avait peut-être raison, pour les petits. Ils ont du mal à se concentrer. Je sens une pointe de colère monter en moi.
Tu ne sais pas faire, lui dis-je. Je vais m'en occuper moi-même.

Il est midi. Les petits ne veulent rien entendre. J'imagine que c'est à cause du changement. Le confinement, ça doit les travailler aussi. On va réessayer l'après-midi.

A treize heures, Les petits sont au lit pour la sieste. Mon mari me fait un clin d’œil.
Ah, tiens, lui dis-je en feignant de ne pas comprendre, les petits sont déjà réveillés ?!

Après avoir subi le quatrième assaut, j'ai peur du cinquième, alors je fais beaucoup de bruit pour réveiller la tribu. Il n'est que quatorze heures. J'essaie de refaire le travail scolaire.

Il ne se passe pas une heure avant que j'écrive un mot à la maîtresse, je lui dis qu'elle avait peut-être raison, nos enfants ne sont pas si faciles que ça.

Il est bientôt l'heure du goûter.
Mon mari laisse traîner une main sur mes fesses. Je commence à avoir des idées violentes. Je me précipite sur les enfants, pour réessayer de les faire travailler. Place au couplet de chanson à apprendre.
C'est le printemps qui jette
Partout des pâquerettes
C'est le printemps fleuri-fleurant
Qui fait venir les fleurs des champ

Au bout d'une demi-heure, ils ne connaissent toujours pas la première phrase. Leur papa s'y essaie à son tour.
Je les observe en train de s'emmêler les pinceaux, C'est le printemps des champs, les fleurs des pâquerettes...
Mon mari me demande si ce sont bien les nôtres. Tu sais, me fait-il, il paraît qu'aujourd'hui encore, il y a des échanges à la maternité.
Une autre demi-heure passe, mais qu'est-ce que vient foutre l'automne dans la poésie ?
Ils sont peut-être débiles ? en fait.
Je décide de passer aux maths.
Trois plus un ?
J'ai droit à tout.
Trente et un. Deux. Trois cent un.
Je leur dit qu'à chaque mauvaise réponse, je mets une baffe.
Au bout d'un moment, j'arrête, j'ai la main en feu.

Mon mari propose un pause, et qu'ils aillent dans le jardin. Un sourire malicieux traîne sur ses lèvres. Essaie seulement, tiens... Je commence à me dire qu'il doit être lui aussi un peu débile, finalement.
On oublie donc le jardin, et on passe au cours d'histoire.
Les enfants me disent avec sérieux qu'ils connaissent déjà la préhistoire parce que moi, leur maman, je suis née quand il y avait les dinosaures. Je comprends alors que la débilité est génétique, tel père, tels enfants.

A dix-huit heures, je les envoie tous les trois dehors, de force. J'astique compulsivement le plan de travail pour passer mes nerfs. Les petits reviennent crottés comme pas possible. Je repense à ma bonne idée du bain du matin. Je propose gentiment à leur père de s'en occuper, j'ai peur qu'il y ait des noyades, sinon.

Le carillon de l'église résonne, il est dix-neuf heures. Les enfants sont au lit. Jamais ils ne l'ont été aussi tôt. A la place des câlins, j'ai fait une tournée de baffes. Bien fait, les mômes. Pour changer de la petite histoire douce du soir et de la berceuse qui va avec, je leur ai raconté celle des monstres avec les grandes dents qui arrachent les yeux et les oreilles, qui tranchent la gorge et qui bouffent les intestins.
Ils en pleurent encore et moi, je rigole compulsivement.

A vingt heures, mon mari hurle et fait des bons dans toute la maison. Par mesure de précaution, j'avais mis une tapette à souris dans ma culotte. Bien fait pour TA BI.. ta gueule.
Je lui annonce qu'il avait raison, les enfants sont de lui, mais pas de moi.
Comment est-ce possible ? Je ne sais pas, les mystères de la vie...

Il est bientôt minuit, j'ai peur d'être demain. J'ai écrit une longue lettre au président. Je lui ai dit que pour le bien de tous, ce serait judicieux de mettre fin au confinement rapidement, parce que bientôt, il n'y aura plus beaucoup de confinés, par contre, niveau cons finis, on va atteindre des sommets.




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