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mercredi 1 avril 2020

Confinement: page 13


[...]
Il posa la tarte sur la table, prit un couteau et deux assiettes dans le vaisselier.
– Je t’en prie, fit-elle ironiquement, fait comme chez toi.
– Ah non, chez moi, je me serais demandé la permission.
Elle souffla.
– Oui, je sais lui rétorqua-t-il en souriant : Ah, ces jeunes…
Il découpa deux parts identiques, les posa délicatement sur l’assiette. Il sortit une petite bouteille de l’intérieur de sa veste et arrosa les parts de crème chantilly.
– Votre pécher mignon, fit-il avec un clin d’œil. A la vôtre ! s’exclama-t-il.
Elle approcha sa cuillère et appuya sur la pâte tendre pour découper un bout. Il l’observa.
– Oh, vous, j’ai l’impression que vous en avez plein la tête…
Elle porta la cuillère à sa bouche, ferma les yeux pour savourer.
– Pas mal, finit-elle par dire. Enfin, surtout les pommes…
– Parce qu’elles sont de votre jardin ?
Elle sourit, d’un air entendu.
– Tu sais, l’hiver n’est pas long, pour moi, mentit-elle. Je suis comme les animaux dont tu parles, j’hiberne et je ne vois pas le temps passer. Je me réveille quand les bourgeons sortent. Et puis, j’ai plein de choses à faire…
– Faire des mots croisés, lire et relire le journal, faire encore des mots croisés. Oui, je sais.
Silence. Il la laissa un instant dans son mensonge.
– Vous ne croyez pas qu’il serait temps de quitter cette grande maison, lui dit-il doucement. Vous êtes trop seule ici, trop loin de tout. Vous pourriez trouver un endroit plus vivant, plus proche des gens.
– Je ne me vois pas dans une maison de retraite.
– Je ne parle pas forcément de maison de retraite. Vous êtes autonome, vous avez toute votre tête, il y a des résidences adaptées aux personnes comme vous. Vous auriez tout à proximité, vous pourriez même sortir comme bon vous semble, vous faire une sortie cinéma si l’envie vous prend...
Ils avaient déjà eu cette discussion un bon nombre de fois, il connaissait son point de vue, mais il n’en démordait pas.
– …ou un MacDo ! s’exclama-t-il.
– Ah oui, tu sais trouver les mots, effectivement…
Il lui sourit. Elle l’aimait bien, quand même, ce garçon. Soixante ans les séparaient, un gouffre. Même si l’âge n’avait aucun impact sur son esprit, même si au fond, elle se sentait encore l’âme d’une enfant, elle voyait bien que les jeunes générations fuyaient leurs aînées, parce qu’elles n’imaginaient pas qu’une personne âgée puisse partager les mêmes idées, rire des mêmes plaisanteries, débattre sur la vie. Les vieux étaient forcément séniles, ils n’étaient pas en capacité de comprendre les maux ni les vertus du monde moderne.
Il suffisait de constater la manière dont on lui parlait, lorsqu’elle allait au magasin. Dont beaucoup de jeunes cherchaient à écourter les conversations, lorsqu’elle faisait des tentatives pour échanger. C’était physique, elle était vieille. Eux, jeunes.
Ludo était l’exception qui confirmait la règle. Rencontré un matin alors qu’elle binait la terre pour en faire sortir les pommes de terre, il y a trois ans. Il venait d’emménager dans les nouveaux immeubles, au centre du village. Tout juste diplômé en plomberie, un bac pro qui lui avait permis de s’installer à son compte. Un jeune qui avait la tête sur les épaules et n'avait pas peur du travail.



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