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vendredi 3 avril 2020

Confinement: page 15


Elle n’aurait plus son jardin, ses fleurs, ses oiseaux. Ses légumes pour occuper son temps, et abîmer son dos.
– Vous savez, ces résidences dont je vous parle ne sont pas obligatoirement nichées au milieu de grands immeubles dans des centres ville bondés. Je sais qu’il en existe dans des villages. Pas des villages comme ici, je vous l’accorde. Mais il faut y pensez sérieusement Henriette.
– Et je serai définitivement seule.
– Non, parce qu’il y aura des personnes seules comme vous, qui ont toute leur tête, qui sont autonomes, qui sont là-bas parce que les grandes maisons comme les vôtres sont trop grandes, difficiles à entretenir, que les murs sont froids, surtout l’hiver. Et qu’il fait bon partager des rires, avoir des discussions avec d’autres êtres humains, pour changer des matous feignants.
– Et qu’est-ce qu’il deviendra le matou feignant ? Je ne peux pas l’abandonner !
– Non, il sera toujours feignant, et je suis sûr que vous pourrez lui trouver un placard poussiéreux, il ne verra pas la différence. Ce n’est pas l’absence de souris qui va lui changer la vie, vu sa capacité à courir après les petits rongeurs. Qui sait, en fait, il trouve cette maison trop grande, il n'ose plus sortir, bouger, c'est un chat agoraphobe.
– Quand tu as une idée en tête, tu ne lâches rien, toi, hein ?
– Un peu comme vous. C’est pour cette raison que nous nous entendons si bien.

*

Je ne sais pas si tu aimes les lettres, si tu aimes lire. Si tu aimes les livres comme je les aime. L'odeur des pages, surtout lorsqu'elles ont vieilli, qu'elles ont été usées par les doigts, jaunies par le temps. Je les préfère lorsqu'ils ont en grand format, tirés spécialement pour les librairies. La couverture est épaisses, les feuilles sont bouffantes, j'aime les sentir défiler entre mes doigts, en corner le haut lorsque j'arrête la lecture pour la repousser à plus tard, parce que la nuit reprend ses droits et m'oblige à fermer les yeux.
Je ne conserve que ceux qui m'ont profondément émue, je les ressors alors régulièrement, j'en lis plusieurs pages puis les repose, simplement pour me remémorer leur histoire, surtout la manière d'écrire. Certains sont uniques, leur prose épurée confine à la poésie. Alors je ne lis pas l'histoire, mais les mots. Les livres font partie de moi, la lecture m'est nécessaire, sans elle, je me sentirais un peu perdue. Ils me font grandir, rêver, ils répondent à beaucoup de mes interrogations, ils ne m'imposent pas leur point de vue, ils me laissent le choix en me suggérant. Il le font en silence, avec douceur.

Une fois pas semaine, je vais à la librairie.
Je l’ai découverte l’année de mes dix ans. Nous marchions en famille, c’était l’une de ces belles journées d’été. Je me souviens la caresse du vent sur ma peau, la profondeur du ciel, d’un bleu immaculé, sans la moindre traînée nébuleuse, laissée par un avion égaré dans l’horizon. Je garde en mémoire le contraste des couleurs, le feuillage verdoyant, foisonnant des marronniers. La découpe de chaque feuille dans l’azur, dont le contour m’avait paru si net, si détaillé. Je m’étais arrêtée, levant la tête en l’air, à l’air, fermant parfois mes paupières longuement en humant les parfums des arbres, les rouvrant avec une sensation de vertige, tant je me sentais petite au milieu de ces géants aux ramures parfumées, minuscule sous l’astre incommensurable, grain de poussière dans une galaxie qui comporte mille milliards de soleils comme le nôtre, invisible dans ces mille milliards de galaxies qui forment le cosmos, dans ce tout intersidéral. J’ai encore ce trouble gravé dans la peau, l’étourdissement de ce moment.
Les yeux rivés au ciel, j’avais compris que même si j’existais, je n’étais rien, absolument rien, et pourtant, j’étais là, vivante, débarquée sur cette planète, née de parents qui avaient voulu fonder une famille et donner à leurs enfants la meilleure vie possible.



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