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samedi 11 avril 2020

Confinement : page 20


[...]
– Viens, mon ange, maman va t'acheter une sucette, lui fit-elle. Tu es courageux, tu es un grand garçon.
Ils s'arrêtèrent à la boulangerie, en ressortirent avec le bonbon. Elle lui demanda d'attendre le repas du soir, qu'il prendrait la friandise en dessert, mais Jules se remit en colère. Il était fatigué, c'était une évidence.
– Ne te mets pas dans cet état, mon chéri. C'est bon, tu peux le manger tout de suite, ça ne change pas grand-chose, de toute façon.
Bertrand arriva en même temps qu'eux avec une pizza, achetée à la demande de sa femme. Le pizzaïolo était sur la route de son boulot, dix minutes d'attente, pas une de plus, garantie du chef cuisto. Une seconde de plus, et je vous rembourse l'achat, avait-il dit un jour en rigolant. Ils avaient désormais une carte de fidélité, les arrêts étaient nombreux. Et puis Jules aimait tellement ce plat italien. Ils avaient essayé de varier, de mettre des légumes, mais tout petit, il refusait déjà d'en manger. Bertrand avait voulu insister, mais Sandra lui avait fait comprendre que c'était inutile, qu'il ne fallait pas s'opposer à un enfant. Que le petit devait faire sa propre expérience de la nourriture, et qu'on ne devait surtout pas le forcer, ça risquerait de le braquer. C'était une histoire de couleurs, elle l'avait lu dans un magazine très sérieux. Les légumes sont trop colorés, le jaune, le vert, le rouge, c'est un réflexe de survie chez l'enfant, qui dit couleur dit : danger. Quand il sera plus grand, il voudra probablement les goûter, en voyant ses parents les manger normalement. Pour l'instant, c'est encore trop tôt.
– L'apprentissage du goût, avait fait Sandra. Il faut écouter les signaux internes. On a eu tendance à les occulter. Trop de parents insistent pour que leurs enfants mangent de tout, finissent leurs assiettes, mangent à des horaires stricts, commencent par l'entrée, puis le plat principal, et finissent par le dessert. Il faut revoir nos fonctionnements, l'enfant sait ce qu'il doit faire, il ne se laissera jamais mourir de faim. Il faut changer nos ancrages alimentaires, hérités de nos parents, de nos grand-parents. Ne pas apprécier un aliment ne veut pas dire qu'on est un bon garçon ou un mauvais, c'est factuel. Il ne faut surtout pas l'angoisser avec la nourriture, rester à son écoute, et lui expliquer qu'il a droit de ne pas manger parce qu'il n'aime pas. Il est important de verbaliser pour mettre l'enfant en confiance, comme lorsqu'il mange avec ses mains, lui dire que c'est rigolo de toucher avec ses doigts, et qu'un jour, il fera comme papa et maman, il utilisera sa fourchette et son couteau. Il est essentiel de comprendre un enfant, de percevoir ses besoins. Cela fait partie de l'éducation positive. Ne pas aller à son encontre pour ne pas le brusquer, ne pas le braquer...
Bertrand avait patiemment écouté sa femme, hochant la tête sans rien dire. Elle lisait beaucoup de livres de psychologie, elle ne parlait pas dans le vent, sans avoir les preuves de ses arguments. Un jour, il lui avait tout de même dit que beaucoup d'experts se contredisaient, et que l'être humain était un grand mystère, qu'il n'y avait pas de vérité.
– On ne va tout de même pas se fâcher pour ça ? Tu sais ce que j'en pense... avait-elle rétorqué.
Depuis, Jules ne mangeait plus de légume, leur préférant largement les fruits. Et une pizza au retour du boulot, c'était une solution de facilité, pas besoin de préparer le repas, il prenait une quatre saisons, à la demande de sa femme. Jules avait la partie avec le jambon, eux mangeaient celles avec les légumes et tout le monde était content. Surtout Sandra, Jules en prime. Alors si Bertrand pouvait éviter un drame familial, la pizza lui allait très bien.
Dès qu'ils entrèrent dans l'appartement, Jules courut vers le salon. Il saisit la télécommande et alluma l'écran. Il avait ce droit, désormais. Ses parents le laissaient faire, il était grand, jamais il n'avait fait tomber l'objet. Il chargea un disc dans le lecteur, appuya sur lecture et alla s'asseoir sur le canapé. Il avait eu droit à la compilation de Dora l'exploratrice pour Noël. Ses parents étaient en cuisine pour installer la table.
– Ça a été, ta journée ? demanda Sandra.
– Fatigante. En ce moment, il y a beaucoup de tension, je ne sais plus si je te l'ai dit, nous sommes encore deux prestataires en lice.




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