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samedi 18 avril 2020

Confinement: page 26

[...]

– …avec des masques, poursuit-il alors que je viens de reprendre le fil de sa conversation. Mais ils ont toujours des masques. Les gouvernements vont peut-être demander le rapatriement de tous leurs ressortissants ?
– Xavier ?
– Oui ?
– Chut. Tu m’ennuies, là.
– Ah, pardon.
Il se tait, je me dis que j’aime sa voix, mais je préfère tout de même quand il ne parle pas. Il n'y a rien de meilleur que le silence.

*

Yoann est essoufflé. Sabrina trottine devant, elle prend un malin plaisir à le fatiguer. Elle est douée en course à pied. Petite, elle gagnait tous les cross au collège. Elle a terminé première en course académique. Elle s’en souvient, c’était à Privas. Sa médaille avait trôné fièrement sur son étagère durant de longues années, jusqu’à ce qu’elle décide que les garçons étaient plus intéressants que le sport. Qu’il n’y avait aucune gloire à tirer des exploits sportifs.
Elle s’est remise à courir après la naissance de Louise. Un besoin oppressant, sûrement lié au fait de s’être dit qu’ils s’arrêteraient à trois enfants. Trois filles, c’était très bien, tant pis s’il n’y avait pas d’un petit garçon dans la fratrie. Elle y va chaque soir, le midi de temps en temps, lors de la pause déjeuner. Sa première sortie a été un véritable calvaire. Comme si elle avait redécouvert les fonctions de ses muscles du bas du corps. Au bout de dix minutes, elle pensait avoir fait une heure, elle tirait la langue, elle était en nage, cherchant son souffle. Elle se sentait maladroite, avec ses grandes jambes. Et comment oublier le lendemain ? Elle n’avait jamais eu de telles courbatures, elle jurait à chaque marche, en descendant les escaliers. Douleurs aux quadriceps, aux mollets, aux adducteurs, aux abducteurs, aux ischios jambiers… La totale.
Il lui a fallu une semaine avant de remettre une paire de baskets. Et puis, lentement, le corps s’est habitué. Elle est passée à deux séances hebdomadaires, puis trois. Aujourd’hui, elle se laisse le dimanche de repos. L’hiver, elle va courir avec une frontale. Au départ, c'était sur la route, uniquement. Mais elle a rapidement trouvé ça monotone. Le goudron, les voitures, les lignes droites... Elle a acheté une carte du coin, regardé les itinéraires sur chemins, a fait fonctionner son réseau de copines,
Pour le printemps, elle s'est fixé un objectif. Autant se mettre un vrai challenge. Elle a épluché les pages sur les trails, elle avait entendu parler de l'UTMB, le trail le plus renommé au monde, mais elle a abandonné l'idée. L'inscription est compliquée, il y a un système de point, et puis un tirage au sort. De toute façon, il faut s'y prendre plus d'un an à l'avance, c'est bien trop compliqué. Sur le moteur de recherche, elle a tapé « les plus beaux trails de France ». Elle a été surprise, parce que beaucoup de trails renommés affichent complet peu après avoir mis en ligne les inscriptions. Mais elle en a trouvé un, au pied du plateau des Glières. Elle connaît le site de nom, la résistance, le plateau qui a survécu à l'occupation. L'image d'une grande guerre faisant bien trop de morts, mais au dénouement heureux quand même. Elle a lu un article qui l'a fait sourire, écrit par un type dont elle a oublié le nom, mais dont elle se souvient que le patronyme était celui d'une grotte, oui, c'est ça, Lascaux. Et puis un diminutif à trois lettres, Ben, de Benjamin, certainement. Benjamin Lascaux. Bref, elle a lu que c'était le lieu incontournable d'une espèce en voie d'apparition, les Triandins. Les Triandins, c'est une belle bande de bons vivants, un groupe de sportifs né en même temps que le trail et qui est désormais indissociable de son organisation. Il y était aussi question de Trolls, de voir si la grotte de l'Enfer portait bien son nom, et de balcons à la vue imprenable. Alors si elle pouvait voir autre chose que la vue depuis son balcon, qui offrait un panorama incroyable sur les fondations de l'immeuble d'à côté, elle signait immédiatement. L'ambiance y était apparemment survoltée, avec des spectateurs en masse, des groupes de rock, sans oublier les barbecues, frites, crêpes, gaufres, gâteaux et autres friandises dont elle raffolait après l'effort. Sans oublier LA fameuse bière de récupération.




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