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dimanche 3 mai 2020

confinement: page 38

[...]

Elle hoquetait, Bertrand lui tenait fort la main, lui disant que tout allait bien, qu'ils allaient avoir un très joli bébé. Oui, elle en était convaincue, elle savait que cette fois-ci, la grossesse irait à son terme. Elle n'avait pas fait de sport pendant neuf mois, ce n'était pas une privation, c'était une évidence. Son médecin lui avait pourtant dit que le sport loisir n'avait aucun impact sur une grossesse, ce n'était absolument pas néfaste. Bien au contraire, il fallait s'aérer, c'était important. Éviter les sports traumatisants, comme la course à pied ou le VTT. Mais qu'elle pouvait aller faire des randonnées, de la marche, de la natation. Elle avait hoché la tête, oui, mais non. Bertrand le lui avait aussi conseillé, ça lui ferait du bien. Il ne l'avait proposé qu'une seule fois, tant sa réponse avait été brutale. Aucun médecin, aucun échographe, aucune personne ne pouvait comprendre ce qui se passait dans son corps, ce bébé était le sien, c'est elle qui le portait, elle savait mieux que quiconque ce qu'il fallait faire ou ne pas faire. Faites-vous confiance avait-elle entendu dans une émission sur France Inter. Alors oui, elle se faisait confiance.
Elle avait travaillé cinq mois, ensuite, elle avait demandé à son médecin un arrêt de travail. Elle lui avait dit qu'elle avait des douleurs, alors par mesure de sécurité, il l'avait arrêtée. Elle avait menti, un mal pour un bien, elle s'était documentée, il valait mieux se ménager en fin de grossesse. Au moins, elle avait pu profiter pleinement des derniers mois. Ils avaient fait la liste des prénoms dès la première échographie. Jules pour un garçon. Éventuellement Julie pour une fille, mais elle savait que ce serait un garçon. Elle ne l'expliquait pas, elle savait, c'est tout. Elle avait souri de manière entendue à Bertrand lors de la deuxième échographie, lui pensait que ce serait une fille. En rentrant, ils étaient allés acheter de la peinture bleue pour la chambre. Ce n'était pas très original, mais elle ne voulait pas d'une autre teinte. Un bleu ciel, léger, reposant.
A quatre mois de grossesse, le futur bébé s'appelait Jules. Son Jules. Elle avait tellement hâte de le voir en vrai. Elle avait envoyé un message à son entourage : une photo de l'échographie, une photo de Jules.
Elle avait peaufiné la décoration de sa chambre durant les quatre derniers mois. Elle avait eu du temps pour penser chaque détail, ne rien laisser au hasard. A quel endroit précis mettre les décorations, les cadres photos. Bertrand lui avait suggéré d'acheter quelques articles sur un site d'occasion. Le lit, par exemple, mais elle avait refusé. Jamais son enfant ne dormirait dans une chambre avec des objets ayant appartenu à un autre enfant. Des amies lui avait bien entendu proposé des tas de vêtements, elle avait poliment refusé. Quelle idée ! Comment des parents pouvaient-ils accepter de vêtir leur enfant avec des habits qui avaient été portés par un autre ? C'était inconcevable, elle se serait senti mauvaise mère. Dans son image de perfection éducative, Jules devait avoir ses propres affaires, et lorsqu'elles seraient trop petites, elle les jetterait, elle ne tenait pas non plus à ce qu'un autre bébé puisse les porter. Rien que de l'imaginer la rendait malade. C'était son Jules.

Bertrand n'avait pas compris le changement. Il avait pensé que cette métamorphose soudaine était due aux hormones, il s'était dit qu'il fallait faire preuve de patience. Être enceinte ne devait pas être évident, outre les modifications hormonales, il y avait aussi le corps qui se transformait. Beaucoup de femmes appréhendaient cette évolution, une même personne qui abritait deux êtres, ce n'était pas une mince (il rigola tout seul lorsqu'il pensa à cet adjectif) affaire. Il s'était dit qu'après l'accouchement, leur couple retrouverait sa stabilité, ses marques. Il avait encouragé sa femme, l'avait soutenue dans chacune de ses décisions.
Il avait compris que ses remarques personnelles, sa façon de voir la grossesse, son avis de mari et de futur père, ne la touchaient pas. Elle l'écoutait sans l'entendre, son avis lui importait peu, ou pas. Elle avait déjà tout organisé, elle planifiait sa grossesse et ne laissait rien au hasard, elle anticipait l'accouchement sans laisser la surprise s'immiscer dans sa nouvelle vie. Elle savait ce qu'elle voulait, elle semblait sûre d'elle, sûre de chaque acte, c'est ce qu'elle laissait paraître, pourtant, il se disait que ce n'était qu'une façade, exprimant, au fond, beaucoup d'incertitudes. Plus la grossesse avançait, plus il se sentait seul et inutile, il avait tenté de faire des approches avec bienveillance, mais ses tentatives étaient restées incomprises, éteintes au moment où elles naissaient.



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