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mardi 5 mai 2020

Confinement: page 40

[...]
La semaine précédente, il y avait eu plusieurs cas dans la commune, alors c'était décidé, elle avait retiré l'enfant de la garderie, elle s'était arrangée pour terminer le travail plus tôt. Elle passerait par la même occasion plus de temps avec lui, pour leur plus grand plaisir à tous les deux.
Elle l'avait davantage sensibilisé aux microbes, ne pas s'approcher des autres enfants, même en classe. Il se lavait les mains tous les jours, mettait du savon comme elle le lui avait expliqué, et se frottait longuement les mains. Il aimait se les laver, avec le savon, c'était assez drôle, les bulles se formaient sur sa peau, il essayait de les faire les plus grosses possibles.
Sa maman lui avait acheté des masques, il était obligé de les mettre lorsqu'ils allaient au parc. Ce n'était pas très drôle pour jouer, mais elle les mettait aussi, alors il les acceptait plus facilement. Il avait compris qu'il n'avait pas le choix. Il pouvait rouspéter sur beaucoup de choses, mais sur ce sujet, elle était intransigeante.
Jules allait souvent chez le médecin. Sa maman pensait qu'il avait des problèmes de digestion. Elle lui avait supprimé le lactose, ainsi que le gluten. Pour lui éviter la cantine, elle rentrait chaque midi préparer à manger. Ainsi, elle contrôlait les aliments qu'il ingérait. Elle achetait des produits biologiques. Elle savait à quel point les pesticides perturbaient le corps et son système immunitaire. Elle avait téléchargé l'application qui permettait de savoir si le produit acheté était bon pour la santé. Vérifiait également chaque date de péremption sur les aliments. Par mesure de sécurité, elle les jetait une semaine avant pour la plupart des denrées alimentaires. La veille pour les produits frais. Elle aurait pu les donner à quelques associations, mais elle n'y avait jamais pensé.

Jules s'était rendormi dans ses bras, elle-même s'était rendormie dans son lit, comme souvent. Son instinct maternel la réveilla quelques minutes avant huit heures. Il fallait qu'elle appelle le médecin de garde à huit heures tapantes, pour être certaine d'avoir un rendez-vous le plus tôt possible.

*

Mon mari s'appelait Michel. Non, il n'est pas mort. Je devrais plutôt dire : mon ex-mari s'appelle Michel. Mais comme nous ne sommes pas séparés, de manière légale, je ne sais plus comment le qualifier, mais ça n'a pas d'importance. Il m'a souvent dit que vieillir ne m'allait pas. Il était allé jusqu'au paroxysme du mauvais goût m'achetant, les derniers mois de vie commune, un exemplaire de ces livres pour enfants : Monsieur, Madame. Dans le paquet cadeau fade, vert kaki, j'y avais trouvé l'exemplaire de Monsieur Grognon. Il y avait barré le Monsieur pour y remplacer Madame, au marqueur indélébile noire.
Je sais, c'est débile, avait-il fait en rigolant à son propre jeu de mot.
Je n'avais pas esquissé le moindre sourire, j'avais planté longuement mes yeux dans les siens. J'avais saisi le livre sans l'ouvrir, puis l'avais jeté immédiatement à la poubelle.
Tu devrais le feuilleter, m'avait-il alors conseillé. Bien que le vocabulaire emprunté ne soit pas très poussé, il y a une jolie morale dans ce livret.
Non. Par contre, j'irai voir s'il existe des exemplaires de Monsieur Con, et je te promets que je t'en offrirai à mon tour pour ton anniversaire.
Il avait détourné son regard, préférant la fenêtre, les arbres en fleurs, le ciel nuageux et gris, à mon visage.
Ça m'étonnerait, avait-il finalement marmonné.
Je n'avais pas saisi la teneur exacte de son propos. Ça m'étonnerait quoi ? Que je trouve ce livre ? Que je soie capable de le lui offrir ? Que j'y pense lors de son anniversaire. Il n'a pas fallu un mois pour que comprenne que je n'en aurais tout simplement plus l'occasion : jamais nous ne fêterions un autre de ses anniversaires ensemble.
Il est parti sans se départir de son sourire, il était même plus intense, plus étiré, plus grotesque. Comme si ce sourire voulait me faire dire que l'homme serait plus heureux ailleurs. Que le bonheur ne tenait qu'à un sourire, une petite valise avec un minimum d'affaires, et des projets en pagailles.



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