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lundi 6 septembre 2021

Retour sur ma CCC (2ème partie)

(Suite de la 1ère partie)

35ème à Champex.
La montre indique 6 heures de course. Je suis au kilomètre 54, il m'en reste 45 à parcourir. J'ai fait plus de la moitié en kilomètre, je sais qu'en terme de temps, je ne suis pas au bout de mes peines. Sauf si le corps veut bien se remettre en route, mais ça me semble peu probable. Cédric et Valentin sont là, on rigole, Valentin me dit "t'abandonne pas, hein?", je lui dit que non, si je suis encore là, c'est pour aller au bout, histoire de voir ce qu'est une galère, une vraie.
Je prends mon temps au ravito, qui sait, peut-être vais-je trouver un second souffle, même si le premier, je le cherche encore. Depuis le début de la journée, j'ai un air qui tourne en boucle dans ma tête. "Il y aura les jours avec et les jours sans". Les paroles m'aident à faire passer la galère.

Je repars avec un Mexicain qui, au bout du lac, prend à gauche alors que le chemin part à droite. Il est une centaine de mètre devant, je lui hurle dessus, "wrong way!". Il met du temps à comprendre, je braille encore un coup en lui montrant le sentier à droite, il comprend enfin. Plus loin, dans la descente, il me remercie, me passe au petit trot. J'ai du mal à courir dans les descentes. Je crois que ça va être long.
J'essaie de penser à ce que signifient les sigles CCC.
Cuit, cuit et recuit.
(une bonne) Claque. (dans les) Choux. (Je suis) Cramé. (je suis vraiment trop) Con (d'être là).
Il y a un mot qui va bien je trouve: CALVAIRE.
Mais bon, ça ne m'empêche pas de continuer.
Il y aura les jours avec et les jours sans...
C'est bon, Claudio, j'ai compris. Pour une fois, ferme là! Ou alors donne moi un jour avec.
Je m'en sors à peu près dans les montées, doublant quelques concurrents qui me redoublent dans les descentes.

36ème à Trient. Je n'ai pas perdu grand chose en place, quelques spectateurs me disent qu'il faut que je savoure, mais je ne savoure rien du tout. Je souris, sourire, c'est un peu tout ce qui me reste. Je grapille sans le vouloir deux places dans la montée des Tseppes, lorsque la pente est plus raide. Je me moque bien de la place, ce qui m'effraie, c'et plutôt les kilomètres. 
Puis vient le plat et la descente sur Vallorcine. Ce qui devait arriver arriva, les jambes grippent complètement, j'ai désormais deux poteaux à la place des cuisses. Je n'ai plus qu'à tendre les bras au ciel, et qu'on me passe un câble dans les mains pour ressembler à une ligne de haute tension. D'ailleurs, je crois qu'en plus de mon corps, mon cerveau est en train de griller, sinon, je ne vois pas pourquoi je m'infligerais une telle galère.

54ème en repartant de Vallorcine.
Je suis descendu piteusement jusqu'au village, essayant même la marche arrière. Au ravito, j'ai demandé à Cédric combien de bornes il me restait: 20. Ne pouvant plus courir, j'ai estimé le temps pour arriver jusqu'à Chamonix: plus de quatre heures.
-T'es pas sérieux?! m'a-t-il dit.
-Tu parie quoi? j'ai fait.
-Pari tenu.
En chemin, je rencontre Yan, un ami du club de Megève, on papote un peu, ça fait passer le temps. Plus loin, au col des Montets, je croise mes parents et mes nièces, nouvelles pause, ils me disent qu'ils vont m'attendre à Chamonix, je leur répond qu'il va falloir être (très) patient.
Un peu plus haut, je sors les habits de nuit, moi qui étais persuadé de terminer de jour. Eh oui, il va falloir que j'allume la lampe frontale. Le mois précédent, j'étais exactement sur ce chemin, en sens inverse, à l'occasion du 90km du Mont-Blanc. C'était l'époque où j'arrivais encore à courir!!!
Le temps passe, je prends les minutes les unes après les autres, et vu que je n'arrive plus à lever les pieds, je prends également les cailloux les uns après les autres, je crois que je vais encore perdre trois ou quatre orteils dans l'histoire.
Arrivé en haut de la Flégère, je vois Chamonix en contrebas. Une descente avalée en 30mn par les meilleurs coureurs. Pour ma part, il me faudra pratiquement 2 heures pour y arriver.

J'ai donc franchi l'arrivée. Il a fallu que je range mon égo de côté. A vrai dire, je ne sais pas ce que j'ai voulu me prouver. Je ne voulais pas abandonner, je trouvais cette option trop facile, mais autant il est facile de terminer une course de ski lorsqu'on est dans un jour "sans", autant en trail, c'est un chemin de croix.
Pour être honnête, je ne sais pas si c'était la bonne option. Oui et non. Je pourrais me dire que c'est une sorte d'apprentissage de la douleur, qui me permettra de me surpasser dans d'autres moments difficiles, grapiller quelques secondes pour aller chercher un podium ou une victoire dans un autre grand événement. D'un autre côté, c'est créer de la fatigue inutile, risquer les blessures alors que, justement, d'autres événements sont prévus dans le calendrier. L'avenir me le dira.
Bien sûr, je reviendrai, avec la "grande" course, les 170km de l'UTMB dans un coin de la tête. Même si ce n'est pas exactement le genre de course à l'ambiance simple et chaleureuse que j'affectionne, l'atmosphère, grâce au public, y est incroyable, et pour tout coureur à pied, c'est un moment à vivre.